• L'action se déroule à Hunebourg, un village alsacien. Fritz Kobus est un célibataire endurci, devenu riche à la mort de son père, un notable du village. Bon vivant, généreux, il se consacre à bien gérer ses affaires et ne pense qu'à " fumer des pipes, vider des chopes et d'être l'homme le plus heureux du monde ". Quand le vieux rabbin Sichel l'engage à prendre femme, il refuse, comme il a refuser auparavant d'innombrable propositions de mariage. Il va même jusqu'à parier avec lui trois arpents de vigne qu'il ne se marierait jamais. 

    Un jour pourtant, Fritz est charmé par une jeune fermière de seize ans, Suzel. Ses sentiments pour elle croissent peu à peu, et il finit par s'avouer qu'il est amoureux. Il garde toujours sa passion secrète par peur des moqueries. Son cœur se brise lorsqu’il apprend que Suzel est demandée en mariage par un autre garçon. Renonçant à son illusoire liberté, il s'empresse de déclarer son amour à Suzel...

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     Erckmann-Chatrian est le nom composé de deux romanciers français : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian. Originaire d’Alsace, ils écrivent en collaboration un grand nombre de romans, très populaires sous le Second Empire et la IIIe République, qui dépeignent pour la plupart la vie rustique et les gens du peuple de leur patrie. Alors que les Contes et romans populaires, dont fait partie L'Ami Fritz, évoquent, dans un style naïf et réaliste, le folklore et les communautés juives d'Alsace, les Romans nationaux célèbrent le patriotisme français et l'éternel conflit qui se noue à la frontière franco-allemande, notamment à travers des récits des guerres napoléoniennes. Ils ont également écrit des Contes fantastiques, qui rappellent par leur ambiance les contes de l'écrivain E.T.A Hoffmann.      

    Car le génie d'Erckmann-Chatrian, c'est qu'on ne puisse pas une seconde douter de leur vérité. C'est à travers la probité, la conviction et le scrupule, d'avoir brusquement dépassé la simple honnêteté littéraire pour devenir de prodigieux " visionnaire du réel ". Erckmann-Chatrian voyagent en arrière tout à leur aise. Lamartine, né trente ans avant eux jugeait leurs livres "miraculeux", et s'étonnait que "ces jeunes gens...aient pu avoir à distance une connaissance si complète et si précise, et pour tout dire l'impression photographiée toute vivante d'un souvenir personnel de ces événements. 

    Erckmann-Chatrian sont des humanistes. Leur message nous frappe encore aujourd'hui par sa modernité : la paix et le respect des individus. Le héros cher à Erckmann-Chatrian s'impose par son honnêteté, son indépendance, son travail et son respect d'autrui. Il croit en Dieu, mais sans excès ni bigoterie, méfiant à l'égard d'une Eglise qui prit sa part dans les abus du régime féodal. Ainsi se fonde une morale laïque et républicaine qui triomphe en France en cette fin de XIXe siècle.     

      


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  • Dans une métropole égyptienne, Gohar, un éminent professeur d'université, a rompu avec la civilisation et les valeurs occidentales, qu'il rejette comme une vaste imposture. Pour trouver la paix, il s"est retiré parmi les mendiants de la ville ; là, entouré d'amis et disciples, il mène la vie simple d'un sage, savourant chaque jour la sérénité de l'esprit grâce au haschisch. Un jour, alors qu'il est en quête de cet indispensable complément, il tue, dans un moment d'égarement, une jeune prostituée et lui vole ses bracelets, qu'il sait pourtant dépourvus de valeur.

    Ce qu'il considère rapidement comme "un accident regrettable", une petite "catastrophe naturelle", demeure objectivement une énigme qui stimule la sagacité du policier Nour Et Dine, ravi d'être enfin chargé d'une affaire à la mesure de son intelligence. Selon celui-ci, en effet, ce meurtre apparemment dénué de tout mobile ne peut avoir été commis que par un esprit supérieur.

    Cependant, l'absence de tout sentiment de culpabilité chez l'assassin finit par remettre en question les principes mêmes qui justifient son enquête. Nouveau disciple de Gohar, le policier découvre à son tour la vie bienheureuse des mendiants.

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    Plus évocateur qu'un conte philosophique, plus convainquant qu'un recueil d'aphorisme, ce roman pose avec humour la plus essentielle des questions : quel est le chemin du bonheur ? La confrontation du policier et de l'assassin, suivie par le renversement final du rapport de forces, illustre la supériorité de la réponse orientale de Gohar sur une philosophie d'inspiration occidentale obsédée par la faute originelle et la logique du sentiment. Incarnée par Nour El Dine, cette dernière condamne le bonheur à n'être qu'un ailleurs : paradis perdu ou inaccessible utopie. Le dénuement absolu du mendiant ramène à la source de toute valeur  : " La vie dans ce qu'elle a de plus authentique ", et le fait riche d'une sagesse dont Cossery dessine, dans ce livre, le visage souriant. 

     

     

     


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  • Brillat-Savarin - La Physiologie du goût

    La Physiologie du goût ou Méditation de gastronomie transcendante, ouvrage théorique, historique et à l'ordre du jour, dédié aux gastronomes parisiens par un professeurs, membres de plusieurs sociétés littéraires et savantes de Brillat-Savarin invite le lecteur à suivre un parcours tant physiologique, philosophique qu’anecdotique sur le goût, même si, par endroits, ses théories paraissent, au regard des connaissances scientifiques acquises dans ce domaine, quelque peu obsolètes, voire fantaisistes. Mais le caractère piquant et enlevés des considérations "gustuelles" qui s'attachent à développer des notions aussi instructives que variées sur le sens, le goût, la gastronomie, la gourmandise, les plaisirs d la table, le repos, le sommeil, ou encore sur la diète, l'obésité ou l'histoire philosophique de la cuisine - pour ne citer que quelques thèmes des trente "méditations" qui constituent l'ouvrage - relève de manière attrayante la matière étudiée par Brillat-Savarin.

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    C'est un gourmet raffiné et expert que Brillat-Savarin aborde ce véritable traité de gastronomie. L'ouvrage a été rédigé sous l'égide de "Gastéréa", "dixième Muse" qui préside aux plaisirs du goût, et que l'auteur convoque au fil de son traité pour nous entretenir des mœurs nutritives de son temps, rejoignant en cela le témoignage ethnologique. Par ailleurs, l'auteur s'attache à nous donner une sorte de journal gastronomique, en intégrant une kyrielle d'anecdotes biographiques "de manière qu'il puisse en résulter de l'instruction sans fatigue", respectant par là même le précepte horacien : enseigner et distraire, Brillat-Savarin, en hédoniste affirmé, souligne l'importance du plaisir, notion maîtresse qui préside au goût et à la table. Toutefois, on ne saurait omettre la conversation qui sous-entend "l'esprit de convivialité" et représente, en dernière instance, le véritable point nodal de tout repas. il n'est pas de bonne chère sans agréable conversation. 

    Quoique sa stature presque colossale lui donnât en quelque sorte l'air du tambour-major de la Cour de Cassation, il était "grand homme" d'esprit... Depuis le XVIe siècle, en dehors de La Bruyère et de La Rochefoucauld, aucun prosateur n'a su donner à la langue française un tel relief.

     

     


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  • Valery Larbaud - Fermina Màrquez

    Dans un collège huppé de la banlieue parisienne, peuplé en majorité d'élèves étrangers, au début du siècle, de jeunes adolescents assistent à l'arrivée des deux sœurs de Màrquez, un nouveau. très vite, les plus hardis font leurs enquêtes auprès du jeune frère et apprennent le nom de l’aînée, qui les fascine, Fermina. Enfants d'un riche banquier colombien, les Màrquez sont venus à Paris accompagnés de leur tante, après la mort de leur mère. Santos Itturia, beau jeune homme très indépendant qui fait le mur du collège tous les soirs pour fréquenter les lieux de plaisir parisiens, est tout désigné pour faire sa cour à Fermina. Pourtant, un collégien soupire en secret : Joanny Léniot, le fort en thème. Dès lors, sa vie est bouleversée ; s'il excelle, c'est seulement pour plaire à Fermina. Il parvient enfin à devenir son ami et découvre sa grande piété sans réussir à la toucher avec son ambition et ses discours sur l'empire romain. L'aveu de son amour demeure sans réponse, car Fermina préfère Santos. Humilié, Léniot se met à la détester. Soudain, coup de théâtre, la voix du narrateur (Larbaud) se confond avec celle de Léniot pour ne faire qu'un. C'est un homme mûr qui revient sur les traces de son adolescence. 

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    Fermina Màrquez est à la fois un roman et une autobiographie qui se dénonce sur le tard. Tout au long du livre, la voix du narrateur semble extérieure, presque abstraite, décrivant non seulement les événements déterminants mais aussi les variations les plus subtils des sentiments de Léniot et de Fermina, la psychologie des deux personnages. Cela évoque un peu A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. L rapprochement avec ce dernier est aussi pertinent pour expliquer les aspects autobiographiques du roman. C'est bien de cela qu'il s'agit et non pas de souvenir. Pourtant, on comprend que le narrateur doit être ramené au personnage de Lénior et, au-delà, à Valéry Larbaud lui-même.


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  • Virginia Woolf - Mrs Dalloway

    Clarissa Dalloway donne ce soir un bal dans sa maison de Westminster à Londres. Elle sort acheter des fleurs et, traversant St James Park, pense à son ami Peter Walsh qui est aux Indes et qu'elle aurait pu épouser étant jeune. elle rentre chez la fleuriste, s'attarde à contempler le spectacle de la rue : la foule heureuse sue les trottoirs, une mendiantes, ce jeune couple assis sur un banc : lui il est fou, il a des hallucinations, et sa femme Rezia, italienne, désespère de le guérir. Puis, Mrs Dalloway rentre chez elle où elle reçoit la visite inattendue de Peter Walsh, pendant que son époux Richard déjeune chez une amie. Sa fille Elisabeth par se promener avec sa préceptrice, alors que Rezia conduit son mari chez le célèbre docteur Bradshaw. La journée se passe en souvenirs, Peter dîne à son hôtel, et Rezia pleure son époux qui, rentré de chez le médecin a fini par se suicider. Mais la chaleur de juin rend la soirée heureuse, qu'achève la réception.

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     Virginia Woolf nous peint dans Mrs Dalloway l'émerveillement que lui procurent les mille sensations de la vie de chaque jours. C'est une fleur dans un vase, un avion qui passe, le soleil dans la rue... Mais si ce roman ne montre rien d'extraordinaire, c'est parce que Virginia Woolf s'attache à décrire la réalité avec la plus grande vérité possible. Or le monde dans lequel nous vivons est d'abord celui du quotidien, dont chaque moment comporte une profondeur et une richesse que l'habitude nous empêche de voir. Ainsi, au même instant, nous croisons tel passant, nous sentons le parfum de la rue, nous voyons courir les nuages, nous rappelons un souvenir, tout cela sans même nous en apercevoir. Virginia Woolf nous invite à puiser notre joie dans la banalité même, en prenant une juste conscience de chaque seconde vécue : ce miracle qu'il y ait quelque chose plutôt que rien. 

    Chacun des inconnus que, dans la rue, frôle Clarissa Dalloway nous est soudain révélé, tel qu'il est, et mystérieusement uni aux autres. Oui, d'une part, tout le passé contenu dans le présent et, d'autre part, tous les êtres humains de la grande ville, mystérieusement unis les uns aux autres par des émotions communes, tel est le sujet immense, presque sans limite, d'un roman qui, en apparence, n'est que l'histoire du jour où Clarissa donne un bal. 


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