• Jeune orpheline maltraitée par Mrs Reed, la riche tante qui l'a recueillie et qui finit par s'en débarrasser, Jane Eyre est envoyée à l'institution de Loowood, une maison de charité pour jeunes filles pauvres. Dans cet établissement, elle mène une vie particulièrement difficile et austère sous les brimades continuelles des surveillantes. Cloîtrée dans cet univers sinistre, elle n'en sort qu'à 18 ans, moment ou elle est engagée comme gouvernante pour la nièce d'un homme mystérieux, Mr Rochester. Vivant avec sa petite élève Adèle dans le cadre sauvage et romantique du manoir de Thornfield, elle tombe peu à peu amoureuse de Rochester qui, elle le sait partage ses sentiments. Mais celui-ci est marié à une folle qui vit enfermée dans une des tours du manoir et ne pouvant lui offrir une vie digne d'elle, s'étourdit dans une vie mondaine et artificielle. Rocherster demande alors à Jane de fuir avec lui, mais, désemparée, celle-ci prend seule la clé des champs. Elle apprend que Rochester a perdu la vue dans l'incendie déclenché par sa femme démente. N'écoutant que son amour, Jane Eyre reviens à Thornfied pour se dévouer à Rochester qui, enfin apaisé, l'épouse et, peu à peu, retrouve la vue.

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    Si Jane Eyre peut être comprise comme le roman de l'émancipation de la femme, de la conscience de ses droits et du sentiment de son indépendance au début de l'ère victorienne, ce livre est surtout remarquable par la force de ses personnages. Violents, obstinés, tourmentés, ils sont tous mus par une passion vitale autant que par une morale austère de noblesse et de fierté. 

    L'habilité de Charlotte Brontë ne tient pas tant à l'intrigue parfois à la limite du vraisemblable qu'à ce mouvement dont elle anime personnages et... paysages. Car le cadre a de l'importance considérable ; landes brumeuses et sauvages ou éclatantes de soleil et de vie, la peinture de cette nature avant tout romantique vient encore renforcer le caractère passionné de ses personnages et souligner l'évolution de leur sentiments.

    Charlotte Brontë a un magnifique tempérament d'écrivain, de poète, et Jane Eyre est le roman d'un très grand lyrisme. Les descriptions, modèles réalistes et poétiques, sont innombrables, pleine d'aisance, et toujours si variées qu'elles donnent l'impression d'un tour de force. C'est d'une extrême habilité, et, dans ce domaine encore, l'auteur est un magicien.

     


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  • " Ambert ! Tout le monde descend ! " Combien d'entre nous ont encore en mémoire cette litanie d'un temps où les trains étaient à vapeur et où les chefs de gare arpentaient le quai en clamant bien haut le nom de la ville dont à leur manière, ils avaient la responsabilité ? Ambert, le nom sonne bien. Mais la ville existe-t-elle vraiment ? Peut-être vous êtes vous imaginé qu'elle est issue d'un quelconque livre ? Eh bien non ! Ambert existe bien, et on peut le prouver. D'une part, si vous êtes amateur de fromage, vous connaissez la fourne d'Ambert. D'autre part, ouvrez un grand dictionnaire et regardez à Pourrat.
    Vous lirez : " Ecrivain français natif d'Ambert " Et Ambert, c'est l'Auvergne. Et l'Auvergne est une terre mystérieuse, pleine de démons, de sorciers et de mages, d'animaux qui se transforment , si l'on en croit ce diable de conteur qu'est Henti Pourrat.

     Il y est né un 7 mai 1887. Il y fait ses humanités. Brillant élève, Henri Pourrat " monte " à Paris. Il a l'âme forestière et entreprend des étude d'agronomie. Quand la maladie, alors incurable, puisqu'il 'agit de la tuberculose, le frappe. Condamné par les médecins, il décide de lutter. Il rentre à Ambert, ville qui va lui fournir toute la substance de son oeuvre. Si l'agriculture perdait un brillant sujet, la littérature venait de gagner un grand écrivain et un merveilleux conteur. Ayant gagné son pari sur la maladie, il se marie. Le reste de sa vie se confaond avec son oeuvre. Henri Pourrat va demander à son Auvergne de lui livrer tous ses secrets. Ces secrets du "vieux vieux temps ".
    " Un vieux temps fumé comme un jambon, parfumé comme un chèvreton et vert comme le buis des rameaux. Plein de songe, comme le brouillard d'automne, la chopine, l'aube humide, la fumée des feux de fanes " dira Alexandre Vialette.

    Outre un oeuvre romanesque importante dont Gapard des montagnes est l'un des beau fleurons, Henri Pourrat s'est surtout attaché à récolter toute la mémoire vive de cette terre dans une série d'ouvrages (13) intitulée " Trésors des contes ", c'est en quelques sorte la mémoire secrète et intime d'un peuple, sa formation, ses devoirs, ses joies comme ses peines, mais aussi tout son merveilleux et son rapport au monde, où interfèrent, entre l'homme et les dieux séculaires, démons, mages, fées, sylphes, etc...

    Henri Pourrat le disait lui-même " Le contes ont appris aux humains le rituel des relations avec le peuple invisible, de ne pas jeter des pierres dans les eaux et de ne pas siffler dans le noir. " Nous voilà prévenus. Au cours de nombreux voyages, il questionne et écoute beaucoup ces vieilles dentellières et autres bergères. Et c'est ainsi qu'au fur et à mesure de ses investigations il rencontre, au détour d'un conte, un barbu, un bossu, un roi, le diable en personne, l'Eden, des laboureurs, des rémouleurs, des porteballes. Voici revenu le temps des
    " il était une fois ". Car ici, dans ce monde de l'imaginaire paysan, tout est féerie, les grenouilles se font princesses, les princesses épousent des manants au cœur généreux et pur.

    Mais il est surtout un aspect méconnu, c'est la modification des contes de Perrault. Ainsi le petit chaperon rouge, digéré comme nous le savons tous par un fort méchant loup, connait en Auvergne un destin différent. Certes le petit chaperon rouge et mère-grand sont-elles mangées par le loup ; mais ce dernier, dans sa grande fringale, les a avalées entières et vivantes. Que croyez-vous qu'il arriva ? Un bûcheron, d'un coup de hacje les délivra.

    D'autres contes font apparaître le Malin, qui signe des pactes avec de pauvre gens, assez rusés cependant pour les rompre au dernier moment. Quant aux fées, aussi nombreuses que les princesses, elles interviennent pour prouver que l'amour véritable est plus fort que les conventions sociales et sait unir les fils de rois aux belles et sages demoiselles. Inlassablement, Henri Pourrat nous dévoile la respiration secrète de cette Auvergne intemporelle. Pour cette raison, peut-être, on a cru que Pourrat était un écrivain régional. Il est beaucoup plus que cela.

    Héritier authentique de Charles Perrault, Henri Pourrat s'est éteint en 1959 à l'âge de 72 ans, la plume à la main, laissant une oeuvre immense et de nombreux inédits.   


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  • Karen Blixen offre, en cinq chapitres , une vision de l'Afrique, à travers la vie quotidienne d'une immense plantation de café. Dans un cadre grandiose qu'elle excelle à décrire, elle raconte des anecdotes, des petits drames et des grandes passions, et, surtout, elle dépeint avec tendresse les indigènes et leurs coutumes, qui la fascinent.

    Dans la première partie, elle nous parle de Kamante, un enfant de la tribu des Kikuyus gravement malade, qu'elle sauve en l’emmenant à l’hôpital, et de Lulu, une jeune antilope qui vient rôder autour de la ferme. Plus loin, Karen Blixen décrit les fêtes qu'elle organise dans sa ferme et présente ses deux amis les plus proches : Berkeley Cole et Denys Finch Hatton, un aventurier avec lequel elle vit un amour passionné. Mais le monde dans lequel vivent ces pionniers disparaît peu à peu...

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    Publié en 1937, "La ferme africaine" est le deuxième livre de Karen Blixen, après sept contes gothiques. Admirable conteuse, elle ne présente pas dans ce livre une simple succession de souvenir. Elle sait peindre avec réalisme et justesse la nature et les gens qui l'entourent, tout en gardant une grande sensibilité. 

    On sent dans chaque page du livre, l'amour qui lui a inspiré l'Afrique et son peuple. Jamais ne transparaît le moindre mépris pour les indigènes, mais, au contraire, on perçois très vite la fascination qu'elle exerce sur elle l'âme noire, sa culture et ses traditions. Le monde qu'elle décrit est envoûtant et devient, au fil des pages, presque mythique. Karen Blixen ne se remettra d’ailleurs jamais vraiment de la perte de cet univers magique et l'Afrique, dans son souvenir, restera un "paradis perdu"  

     


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  • Le décor semble tout à fait rassurant : un manoir anglais entouré d'un parc. C'est là que débarque une jeune gouvernante anglaise, tout juste sortie d'un presbytère où elle a reçu la plus sévère des éducations. Le propriétaire des lieux, un homme particulièrement séduisant, vit à Londres et a chargé la jeune fille de s'occuper de deux orphelins, l’aîné Miles et sa cadette Flora, dont il est le tuteur. Les deux enfants sont d'une beauté et d'une gentillesse exquises, et la nouvelle venue ne comprend pas pourquoi Miles a été envoyé de son collège. Elle n'arrive pas à savoir non plus de quoi est morte la gouvernante qui l'a précédée auprès des orphelins. Parmi les domestiques, seule Mrs Grose, une brave femme toute simple chargée de l'intendance, lui inspire confiance et devient sa confidente. 

      Quelques détails inquiétants viennent vite gâcher l'apparente quiétude de cette demeure et de son parc. La jeune gouvernante a d'étranges apparitions : elle voit surgir, par instants, un couple de domestiques qu'elle n'a pas connus, réputés pour leur dépravation, et décédé quelques temps auparavant. La gouvernante est convaincue que ces revenants sont là pour prendre possession des deux enfants et les corrompre. Elle pense que ses deux petits protégés sont déjà sous l'influence et tente désespérément de les arracher à leur envoûtement...

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     Toute l'histoire est racontée à la première personne par la jeune gouvernante. Le lecteur se laisse ainsi prendre à un récit qui est peut-être le fruit de l'imagination maladive d'une jeune exaltée. L'énigme est bien là, mais l'auteur se garde de nous en donner la clé. Il semble au contraire prendre plaisir à nous dérouter, en multipliant les situations ambiguës, les jeux de miroir, les silences. N'est certaine que l'angoisse qui rôde dans ce manoir et nous conduit peu à peu à la tragédie finale.

     Le champ des possibles est vaste, et toutes les fenêtres sont ouvertes...Le fantastique peut être pris au premier degré, mais c'est un peu frustrant, d'autant plus que de nombreuses ellipses titillent épouvantablement l'imagination débordante du lecteur...

    Plus qu'une nouvelle et moins qu'un roman, Le Tour d'écrou est paru pour la première fois en 1898 en feuilleton. C'est l'un des ouvrages d'Henry James les plus connus et qui a inspiré le plus grand nombre de version pour la scène et le cinéma.  

     

     


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