• Douze enquêtes policières et un détectives-gentleman :

    Une photo compromettante qui doit être récupérée (Un scandale en Bohème) ; une étrange association de rouquin (La Ligue des rouquins) ; un fiancé qui disparaît le matin du mariage (Une affaire d'identité) ; un meurtre commis dans la campagne anglaise et un fils suspecté d'avoir tué son père (Le Mystère du Val Boscombe) ; des menaces étranges et d'inquiétante disparitions (Les Cinq pépins d'orange) ; un mari bien comme il faut qui disparaît dans un quartier sordide (L'Homme à la lèvre tordue) ; un joyau inestimable retrouvé dans le jabot d'une oie (L’Escarboucle bleue) ; un meurtre commis dans une chambre close (Le Ruban moucheté) ; un contrat mystérieux et une presse hydraulique comme arme du crime (Le Pouce de l'ingénieur) ; un aristocrate qui voit sa jeune épouse (et sa dot) lui échapper dès la fin de la cérémonie (Un Aristocrate célibataire) ; un fils indigne accusé d'avoir volé son père (Le Diadème de béryls) ; enfin une gouvernante payée pour jouer un jeu étrange (Les hêtres rouges) ; tels sont les douze mystères qui constituent les savoureuses Aventures de Sherlock Holmes.
    Des retrouvaille ingénieuses, toujours aptes à éveiller la curiosité du lecteur, un soupçon de mélodrame, un rythme enlevé et, planant sur l'ensemble, l'ombre de la mort : tels sont les ingrédients qui ont assuré aux Aventures un succès immédiat auprès du grand public.

    Certes, le détectives n'en était pas à sa première apparition, mais le cadre du roman était moins adapté que la nouvelle, laquelle permettait un récit court, nerveux, bien centré sur l'enquête qui plut immédiatement, d'autant plus que la permanence de certains éléments (le cadre, le couple Holmes-Watson, les manies du détectives) permettaient de fidéliser le lecteur. 

    S'inspirant des Contes de ratiocination d'Edgar Poe, tout n donnant plus d'épaisseur romanesque à son héros, mais sans verser dans les facilités de la littérature populaire, Conan Doyle, presque malgré lui, crée un genre : le "roman" policier à énigme de bon aloi. En 1891, avec les Aventures, se levait "sur le sinistre empire du crime", selon la jolie formule de Frédéric Lacassin, "le matin des logiciens".

    Si Sherlock Holmes a quelques prédécesseurs (le Dupin d'Edgar Poe, le policier Lecoq, le détective Tabaret dit Tirauclair d'Emile Gaboriau), il a fait surtout plus d'émules : détectives distingués pratiquant l'enquête plus par amour de l'art que par nécessité et toujours entre gens de bonne compagnie. C'est la "murder party", ou la prouesse intellectuelle et l'élucidation importe plus que le crime lui-même. Héritière en droite ligne de cette tradition, l'on trouve bien sur Agatha Christie et ses constructions sophistiquées. En France, le "fils naturel" de Sherlock Holmes n'est autre que Rouletabille, soucieux de prendre "la raison par le bon bout"

     


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  • On peut diviser le roman en trois parties ; les vingt-cinq premiers chapitres ont pour centre le personnage Gargantua et insistent sur son éducation. Son premier maître, un théologien, Tubal Holoferne, lui prodigue un enseignement ridicule, fondé sur la mémoire mécanique et l'habitude. Grandgousier, le père de Gargantua, finit néanmoins par s'en apercevoir et envoie alors son fils à Paris pour y suivre les cours de l'humaniste Ponocrates. Celui-ci concilie les études théoriques, des études appliquées, une pratique des arts et des exercices physique. L'éducation rejoint enfin la vie et permet de la comprendre.  

    Les vingt-trois chapitres suivants content la guerre picrocholine. Suite à une altercation entre marchands de Lerné et les bergers du pays de Gargantua, Picrochole, le roi des premiers, attaque Grandgousier. Cet épisode confronte les divers types de dirigeants : Gargantua a tôt fait de venir à bout de ce roi colérique et gouverné par ses passions. 

    Gargantua fait bâtir l'abbaye de Thélème, que décrivent les huit derniers chapitres, pour les faits d'armes de son ami le frère Jean. Le style, résolument sérieux, confère à cette dernière partie de l'ouvrage un poids décisif.

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    Les plaisanteries grossières ou satiriques, ne manquent pas : Rabelais cherche à faire rire. Mais le burlesque n'est pas le seul registre où s’exerce la verve de l'auteur. Celui-ci prend bien soin d'introduire par endroits de beaux développements rhétoriques d'une construction très rigoureuse.

    D'autre part, les épisodes variés et bouffons sont généralement prétextes à une leçon d'humanisme. Gargantua devient un prince juste, non parce qu'il est de bonne race, mais parce qu'il a été bien élevé. De même, à travers l'ambition belliqueuse de Pichrocole, c'est le seigneur féodal et sa volonté de puissance que Rabelais critique. Enfin Thélème, l'abbaye sans règles et sans murailles, propose l'utopie d'une société sans lois qui, selon lui, serait plus favorable qu'une autre au plein développement de l'individu.

    1532 : publication de Pantagruel - 1533 : censure de la Sorbonne
    1534 : Publication de Gargantua, l'histoire du père de Pantagruel - 1543 : nouvelle censure après la mort de Du Bellay et Geoffroy d'Estissac, amis et protecteurs de Rabelais.

    L'histoire folklorique du géant avait déjà donné lieu à la publication d'ouvrage imprimés, dont La grande et merveilleuse Vie de très puissant et redouté Roi de Gargantua vers 1533. Rabelais s'y inspire en y mêlant les thèmes favoris des humanistes : éducation, politique, morale.

     Si les ouvrages de Rabelais ont été de grands succès à l'époque, ils n'en suscitèrent pas moins la censure et de violente condamnation.

    Calvin : " Voici un rustre qui aura des brocards vilain contre vilains contre l'Ecriture Sainte. Ce sont des chiens enragés qui dégorgent leurs ordures à l'encontre de la majesté de Dieu. "

    La Bruyère : " Marot et Rabelais sont inexcusable d'avoir mené l'ordure dans leurs écrits : tous deux avaient assez de génie et de naturel pour pouvoir s'en passer. "

     Voltaire : Ce n'est qu'à partir du XVIIIe siècle que les jugements à l'égard de Rabelais évoluèrent : " Il faut avouer que c'est une satire sanglante de l'Eglise, et de tous les événements de son temps. Il voulut se mettre à couvert sous le masque de la folie. "

     

     

     

     

     


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  • Dans la petite ville de Guérande, Calyste du Guénic mène avec ses parents une existence faite de respect pour la religion, pour la tradition et pour le roi. Destiné à se marier avec Charlotte de Kergarouët, le beau Calyste s'échappe dès qu'il le peut de cet univers figé pour rejoindre celle qu'il aime, Félicité des Touches, femme de lettres connue à Paris sous le nom de Camille Maupin, qui représente la vie parisienne et mondaine. Entre ces deux mondes, l'ancien et le nouveau, Calyste choisit celui de Félicité, auprès de laquelle, un jour, il fait la connaissance de Béatrix, qui vit avec le musicien Conti. Or, celui-ci avait autrefois délaissé Camille. Camille pousse donc Béatrix dans les bras de Calyste, mais la jeune femme refuse ce nouvel amour. 

       Calyste accepte alors d'épouser Sabine de Grandlieu, obéissant ainsi à Félicité qui, bien qu'amoureuse de lui, s'estime trop vieille pour le rendre heureux et qui entre au couvent, son devoir accompli. Pourtant le jeune couple s'installant à Paris, Calyste retrouve Béatrix, qui devient sa maîtresse. Ce n'est qu'à l'issue d'une intrigue orchestrée par la duchesse de Grandlieu qu'il reviendra auprès de sa femme, ayant découvert à quel point l'amour de la belle Béatrix était intéressée. 

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    Balzac rencontre George Sand à Nohant en 1838. Ces quelques jours à parler de l'amour et les récits de Sand sont à l'origine de Béatrix. Car Félicité des Touches fumant le cigare n'est autre que George Sand, et le couple Conti-Béatrix est inspiré de la liaison de Liszt et de Marie d'Agoult. Pourtant ce livre est beaucoup plus que cela, car il porte en lui un souffle puissant, celui des passions de Calyste. Balzac décrit à merveille ces deux mondes, l'immobile et le fugace, Guérande et Paris. En fin de compte, est-ce le roman de Calyste, celui de Félicité, admirable figure balzacienne, celui de Béatrix, ou encore celui des intrigues du faubourg Saint-Germain ? 

     Marie d'Agnoult, se reconnaissant, écrit à Listz, qui lui répond : 

    " Quel besoin de vous reconnaître en Béatrix ? Vouloir vous venger du portrait et en rendre responsable l'écrivain, c'est en proclamer la fidélité à la face du public. Taisez-vous et personne n'y songera, pas même vos amis, si vous en avez encore. Quelle idée d'attirer tous les yeux sur vous en cherchant noise
    à Balzac ! "

     

     

     

     


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  • Alphonse Daudet - Le Petit Chose

    Cet ouvrage, qui a pour sous-titre Histoire d'un enfant, fut le premier roman d'Alphonse Daudet. Il se situe, par sa date de publication, entre Les Lettres de mon moulin et Tartarin de Tarascon. Il donne un reflet assez exacte de ce que dut être la jeunesse de l'auteur, même s'il n'est pas véritablement autobiographique, la plupart des personnages étant d'ailleurs fictifs.

     Evidemment, le Petit Chose, ce garçon dont personne ne retient jamais le nom, c'est Alphonse Daudet lui-même confronté très tôt à la pauvreté et à la solitude. Ayant dû s'exiler du Midi et s'installer à Lyon, comme dans la réalité, la famille est déracinée et finit par éclater et se disperser. Obligé de gagner sa vie, le jeune homme trouve un poste de "pion" dans un milieu qui le méprise et le rejette. Et quand l'espoir survient, lorsque la "mère Jacques" le recueille à Paris, il doit affronter les milieux littéraire peu encourageant.

    Le Petit Chose, dont il fut publié une version expurgée pour les enfants, est un récit pathétique et moraliste : il est exemplaire parce qu'il décrit la confrontation d'un enfant à une société impitoyable, qui ne laisse aucune chance aux faibles, qu'elle finit toujours par broyer. Récit exemplaire parce que le héros doit aller jusqu'au bout de sa déchéance, échec après échec. Récit exemplaire parce qu'il dépeint la rupture radicale qui sépare l'enfance insouciante de l'âge adulte dans lequel l’adolescent est plongé, désarmé et isolé. Mais, en mettant en scène Le Petit Chose, Daudet montre l'injustice et prend la défense de l'opprimé. Dans cet ouvrage, où la détresse finit par rendre l'homme meilleur, Daudet émeut, mais il dénonce aussi, avec la même efficacité que dans Tartarin de Tarascon ou les Lettres de mon moulin.    

     

     

     

     


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  • Mieko a seize ans. Elle est vierge. Elle vient de mourir d'une pneumonie aigüe et voilà que ses parents la vendent à un hôpital, pour trois mille yens. Bien entendu, ils croient vendre un corps : elle voit, elle entend, elle sent t raconte tout cela. Mieko assiste à son autopsie, à de nombreux cours où des étudiants en médecine se penche sur son cadavre, nomment et retirent ses organes, ses os. Puis elle assiste à sa crémation : 

    Extrait : 

    " La couleur du feu était éclatante et belle. Les flammes dont la couleurs était simple au départ, se mirent à dessiner toutes sortes de motifs colorés dès qu'elles s'attaquèrent à mon corps. Était-ce la graisse qui brûlait ? Des flammèches d'un jaune clair éblouissant s'élevaient et des crépitement se produisaient de temps à autre, tandis que de petits éclairs dorés s'éparpillaient alentour. De mes os s'élevaient dans un chuintement des flammèches en scintillant de splendides flammes vertes, rouges, bleues ou jaune, qui se mêlaient confusément. "  

    L'auteur décortique, retranscrit les émotions , la complexité de l'âme humaine avec une précision glaçante, poétique, une justesse dépaysante , déroutante et fascinante , une lucidité effarante ...

    L'écriture est précise, voire clinique et parvient à dire beaucoup en peu de mots. le sujet, quant à lui, est aussi fascinant que dérangeant et en seulement quelques dizaines de pages nous invite à réfléchir sur la représentation pour chacun de la Mort. Un livre qui sort de l'ordinaire en tout cas, comme savent si bien les faire les auteurs japonais !

     


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