• Erich Maria Remarque - A l'ouest rien de nouveau

    Paru en 1929, le premier roman de l'auteur allemand Remarque rencontre immédiatement un succès foudroyant. Ce récit d'un traumatisme, alors très vivace dans les consciences, touche d'abord par sa simplicité : le narrateur est un homme du peuple, un simple soldat, enrôlé avec ses camarades de classes, et bien avant l'âge, par un professeur fanatique. Faisant, avec ses deux ans de front, figure d'ancien, il vit la claustrophobie des tranchées, l'horreur des corps mutilés, la boucherie des jeunes recrues inexpérimentées, la morbidité des hôpitaux surchargés, la déroute annoncée de son pays. Mais ces passages d'une violence quasi insoutenable alternent avec des moments privilégiés, banquets clandestins ou nuits d'amour avec de jeunes Françaises obtenues pour quelques morceaux de pain. Cependant, les compagnons meurent un à un, jusqu'au plus cher. Mais " à l'ouest, il n'y avait rien de nouveau ".

    Cette narration à la première personne offre l'avantage d'un point de vue limité : celui d'un jeune homme qui ne se bat pas pour une idéologie ou une patrie, qui n'a pas d'ennemi particulier, qui ne cherche qu'à sauver sa peau et qui souffre d'avoir tué un homme qui aurait pu être lui. Cette voix presque innocente incite une identification à la fois personnelle et collective de la part des lecteurs.

    L'individualité n'a plus de cours au front, elle se dissout dans une égale déshumanisation, car seuls des "hommes-bêtes" peuvent ne pas y devenir fous. Cette apparente naïveté de la narration permet,par ce qu'elle tait, de dénoncer le système qui sous-entend la guerre, un système autodestructeur dont les créateurs et les buts n'apparaissent jamais.    

     

     

     


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    Florent Couao-Zotti nous invite dans son recueil de nouvelles, dans un univers sans concession sur les tares humaines que celles-ci soient prisent isolément ou en société. L'auteur tel un entomologiste minutieux ne pose aucune limite à sa plume acérée. Visionnaire, ses yeux innombrables fouillent avec méticulosité la ville africaine et sa folie dantesque.
    Dans les nouvelles de Couao-Zotti, voler, tuer, souffrir est le quotidien de cette humanité, un quotidien dont parlent entre eux les égouts et les fleuves, les rues et les décharges, ainsi que les poètes, mais au pays du vaudou et de la magie, des hommes se lèvent, invincibles, et le rire demeure en dépit de tout, la première des forces.

        Florent Couao-Zotti heurte son lecteur dès la première nouvelle ou il met en scène un acte de nécrophilie. Comme s'il voulait tester, trier les heureux lecteurs qui ouvrent ce recueil.

    Les différents thèmes de ces nouvelles s'appuient sur des faits divers glauques que l'on pourrait imaginer dans n'importe quel quartier populaire d'une grande ville africaine : viol, inceste, petite délinquance, folie, meurtre, infertilité, nymphomanie...

    Le tour de force de Couao-Zotti réside dans le style flamboyant de son écriture, sa dextérité à jouer avec les mots mais surtout l'émotion que véhicule chacune de ses nouvelles. Son implication dans chaque personnage révèle une très grande proximité de l'auteur avec les questions délicates qu'il aborde.

     Qu’est-ce qui pousse en pleine nuit un homme a pénétré dans un caveau pour y accomplir un dessein  érotique et funèbre ?
    Quelle folie pousse les Hommes à commettre les forfaits les plus sinistres et lugubres, à constamment côtoyer le macabre.
    Cette fièvre qui les anime est-elle due au désœuvrement auquel condamne le chômage, ou à un ras-le-bol collectif de la morale et des règles de conduite que la société impose ? Mais sont-ils réellement fous ?

    Exceptionnel ! Un recueil de nouvelles sans déchet aucun, d'une force rare. Nouvelles puissantes et parfois dérangeantes mais qui restent gravées dans la mémoire. Contes mi-fantastiques mi philosophiques et charges politiques. On s'incline et on conseille très fortement !  

     


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  • Le journal se compose d'une suite de lettres adressées à une amie imaginaire, Kitty, du 14 juin 1942 au 1er août 1944. L'écrivain et héroïne Anne Frank, est une jeune juive de treize ans. Ses parents, des commerçants allemands, se sont réfugiés en Hollande dans l'espoir d’échapper à la persécution nazie.

    Anne Frank vit son existence insouciante d'écolière coquette, filant de petits flirts, fêtant son anniversaire en compagnie de ses amis. Mais ce bonheur ne saurait durer. En juillet 1942, les Frank sont placés devant un choix vital : obéir à l'appel de la Gestapo, qui somme tous les juifs de se livrer, ou bien de s'y dérober. Ils optent courageusement pour la deuxième solution et décident de se cacher, aidés par leur amis Miep et Elli, dans l'Annexe, un pavillon d'arrière-cour d'un immeuble d'Amsterdam. Commence alors une vie de réclusion, avec tout ce que cela comporte de contraintes, en particulier le manque d'intimité.

    C'est cette cohabitation de deux familles qu'Anne Frank décrit, au jour le jour, saisissant malgré son jeune âge la complexité des relations humaines. Dans cette prison humide, la petite fille grandit, devient une jeune femme coquette, sensible aux avances du jeune Peter, lit énormément et se confie à son journal. Cependant qu'elle note l'évolution de la situation et la montée du danger, elle ne cesse de s'observer. Avec la plus grande lucidité, elle capte les nuances de son humeur : alternance de gaîté et de désespoir, confiance dans son entourage puis prise de distance, notamment avec sa mère. Mais jusqu'à la fin, et malgré les crises de conscience, elle poursuivra sa recherche de sa vérité. C'est sur cette quête que le Journal s'achève tragiquement.

    Le Journal n'est pas seulement le témoignage poignant d'une innocente confrontée à l'horreur nazie, mais aussi l’exercice quotidien d'une analyse de soi. Avec un mélange de maturité et de candeur, Anne Frank procède à la dissection des sentiments et des sensations à l'état brut. Sans jamais sombrer dans la complaisance, la jeune fille adopte au contraire un ton juste et sobre, pénétré d'un grand sens psychologique.

    Les notes quotidiennes d'Anne Frank sont si justes de ton, si vraies que l'idée ne vient même pas à l'esprit qu'elle ait pu les écrire dans une intention de "Littérature", et encore moins qu'aucune "grande personne" ait pu les retoucher. D'un bout à l'autre l'impression qu'on éprouve est celle d'une authenticité indiscutable

         

     

     


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  • Donatien Alphonse François marquis de Sade, est issus d'une vieille famille provençale. Il était seigneur de Mazan, de Saumane et de Lacoste. Il fut élevé à Saumane par son oncle l'abbé de Sade. En 1763, Sade épouse à contrecœur Renée-Pélagie de Montreuil, dont le père est président à la cours des Aides et la mère présidente à Montreuil. La belle-mère de Sade, soucieuse de conserver les privilèges acquis par ce mariage, fera tout ce qui était en son pouvoir pour contenir son gendre et finalement le faire exclure dans les deux plus terribles geôles de la monarchie.

    Peu après son mariage, Sade est incarcéré une première fois pour " actes de débauche outrée en petites maisons ". De plus, il entretiendra publiquement plusieurs demi-courtisanes. Les scandales devinrent de plus en plus graves et difficiles à éviter. Puis, ce fut l'affaire de Marseille en 1772. Dans une partie avec quatre prostituées, Sade et son domestique Latour donnèrent des bonbons cantharidés aux filles, dont l'une se crut empoisonnée. La présidente , qui demandait que soit sanctionné ce gendre turbulent, ne prévoyait pas que les deux hommes seraient condamnés à mort pour "empoisonnement et sodomie". Sade s'enfuit en Italie avec sa belle-sœur, la seconde fille de la présidente, qui était devenue sa maîtresse. Dès cet instant, la présidente n'aura de cesse que son gendre ne soit enfermé et es papiers confisqués ou brûlés. Après quelques mois de fuite, Sade reprend sa vie libertine et est finalement arrête par lettre de cachet, obtenue par sa belle-mère. De 1777 à 1789, Sade est enfermé au donjon de Vincennes puis à la Bastille, où il est maintenu dans l'attente d'une libération que la présidente, après avoir repris ses filles en mains, a fait repousser.

    A la Bastille, Sade créa l'oeuvre la plus originale et la plus inattendue qu'il soit donné de lire, Les Cent Vingt Journées de Sodome. Quatre libertins s'enferment dans un château retiré, avec une quarantaine d'esclaves, pour assouvir leurs sanglants désirs. Ils écoutent l'évocation par des maquerelles de six cents perversions sexuelles, qui constituent un fantastique catalogue des débordements passionnels, classés avec le plus grand soin. Minutieusement, Sade copia les Cent Vingt Journées sur un rouleau aisément dissimulable. Mais le 4 juillet 1789, Sade est transféré sans pouvoir rien emporter à Charenton. Le 14 juillet, son ex-cellule est pillée : le rouleau fut trouvé mais sa première publication n'eut lieu qu'en 1904 à Berlin. La perte de ce manuscrit fit verser à Sade des larmes de sang. Il n'eut de cesse de retrouver l'inspiration hardie des Cent Vingt Journées. La Révolution devait le libérer neuf mois plus tard.

    Sade à cinquante ans. Sa femme entrée au couvent, demande la séparation et ne le reverra jamais. Il rencontre une jeune femme qui restera sa plus fidèle compagne jusqu'à sa mort. Auteur d'un théâtre médiocre, Sade tente obstinément de faire représenter ses pièces, avec peu de succès, et publie Justine ou le Malheur de la vertu en 1791. Sade est accusé de tiédeur sous la Terreur, condamné à mort dans un procès collectif, mais il échappe à la guillotine grâce à la confusion qui règne dans les prisons où on ne le retrouve pas. Puis Robespierre est arrêté et Sade libéré peu après. Il publie alors Aline et Valcour et La Philosophie dans le boudoir en 1795, La Nouvelle Justine, suivie de Juliette sa sieur en 1797. Ces deux livre sont saisis, et Sade arrêté en 1801. Détenu avec sa compagne à l'hospice de Charenton, il joue avec les malades ses pièces de théâtres. Ses papiers sont souvent confisqués et seront brûlés au lendemain de sa mort en 1814.

     

    Ainsi disparaissait Sade à l'âge de 74 ans. Sa tombe et son corps disparurent quelques années plus tard. Il aura été détenu 28 ans, sous tous les régimes, de la Monarchie à l'Empire. En 1815, son roman épistolaire Aline et Valcour est condamné à la destruction par la Cour royale de Paris. Sade reste au XIXe siècle un pornographe lu clandestinement, mais au XXe siècle de nombreux philosophes et artistes ont sondés les profondeurs de cette oeuvre singulière. En 1956, Jean-Jacques Pauvert fut condamné pour avoir publié plusieurs livres de
    Sade " contraire aux bonnes mœurs ". Les oeuvres complètes de l'écrivain sont disponibles maintenant grâce au travail de son biographe Gilbert Lely.   

        

      


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