• Histoire comique des États et Empires de la Lune - Extrait

     

    " A l'ouverture de la boite, je trouvais dedans un je ne sais quoi de métal quasi tout semblable à nos horloges, plein d'un nombre infini de petits ressorts et de machines imperceptibles. C'est un livre à la vérité, mais c'est un livre miraculeux qui n'a ni feuillets ni caractères ; enfin c'est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutile ; on a besoin que d'oreilles. Quand quelqu'un donc souhaite lire, il bande, avec une grande quantité de toutes sortes de clefs, cette machine, puis il tourne l'aiguille sur le chapitre qu'il désire écouter, et au même temps il sort de cette noix comme de la bouche d'un homme, ou d'un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l'expression du langage. "

    « Lorsque j’eus réfléchi sur cette miraculeuse invention de faire des livres, je ne m’étonnai plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-là possédaient davantage de connaissance à seize et à dix-huit ans que les barbes grises du nôtre ; car, sachant lire aussitôt que parler, ils ne sont jamais sans lecture ; dans la chambre, à la promenade, en ville, en voyage, à pied, à cheval, ils peuvent avoir dans la poche, ou pendus à l’arçon de leurs selles, une trentaine de ces livres dont ils n’ont qu’à bander un ressort pour en ouïr un chapitre seulement, ou bien plusieurs, s’ils sont en humeur d’écouter tout un livre : ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes et morts et vivants qui vous entretiennent de vive voix. »


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  • Gustave Flaubert - Salammbô

    La Carthage antique est assiégée par ses mercenaires, qu'elle ne peut plus payer. A leur tête, le Libyen Mâtho, épris à la folie de la belle Salammbô, pretesse et fille d'Hamilcar, chef des troupes de Carthage. Au cours de combats acharnés, et à la faveur du vol du voile sacré de Tanit, Mâtho rencontrera la superbe vierge, mais ce ne sera que pour mieux la perdre...

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    Après Madame Bovary, Flaubert laisse libre cours à sa verve épique dans ce roman auquel il travaillera durant cinq années. Mais il ne s'agira en aucun cas pour lui de se consacrer à la rédaction d'un roman historique au sens balzacien ou même romantique du terme. L'histoire ici est prétexte à un exotisme, à une véritable épopée. Salammbô n'est pas une longue fresque, mais une collection de scènes et d'instants épiques, que l'on peut aisément comparer au genre homérique. 

    Une suite de tableaux guerriers et d'emportements amoureux éperdus, imprégnés d'un sens sacré que l'on ne retrouve nulle part chez Flaubert. 

    Jean Rousset nous parle de la solitude des amants : " Salammbô est soumise de loin à l'influence de Mâtho comme la une à celle du soleil, alors que Mâtho cherche en tournant autour de Carthage et trouve son bonheur à la baigner de ses regards. Au-dessus et à l'écart des peuples qu'ils représentent et dominent de haut, ils vient solitaire entre terre et ciel, contemplés et se contemplant à travers le vide qui les sépare de tous et d'eux-même. Leurs rares rencontres ne peuvent être que nocturnes et Flaubert a été obligé de dissimuler leur unique étreinte dans les ellipses et les coulisses d'un récit énigmatique."

     


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  • Dans un zoo, une enfant et un vieux loup borgne se fixent, œil dans l’œil. Toute la vie du loup défile de son œil : une vie sauvage en Alaska, une espèce menacée par les hommes. L’œil de l'enfant raconte la vie d'un petit africain qui a parcouru toute l'Afrique pour survivre, et qui possède un don précieux : celui de raconter des histoires qui font rire et rêver. Un roman bref qui éveille une foule d'émotions : tendresse, nostalgie, rêves d'ailleurs... 

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    Un simple regard, un simple échange et entre le vieux loup et l'enfant va se créer un lien fort dont nous partageons l'intensité et la poésie qui se dégage de ce petit livre extraordinaire.

    Daniel Pennac a choisi de raconter l'histoire du loup puis, en parallèle, celle du petit garçon. Deux histoires comparable : elles témoignent d'une égale intensité quant aux souffrances subies de part et d'autre et se rejoignent à la fin du roman dans un dénouement heureux. 

    On voyage entre le grand nord et l'Afrique. Daniel Pennac réhabilite le loup, animal fière, noble, intelligent, sensible et fidèle à sa meute. Des qualité trop souvent oublié aujourd'hui.

    Un très beau conte philosophique très court pour les enfants et les adultes qui restera longtemps gravé dans nos mémoires. 

     


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  • Un écrivain célèbre rentre chez lui, à Vienne, le jour de son anniversaire et trouve dans son courrier une épaisse lettre. C'est la lettre d'une femme inconnue qui lui révèle son amour. Un amour commencé vingt ans plus tôt lorsqu'elle avait seize ans. Vivant une vie triste avec sa mère veuve, elle le remarque lorsqu'il vint occuper l'appartement voisin. Élégant, vif et souriant, elle va en tombé éperdument amoureuse et guetter ses faits et gestes durant trois ans de manière quasi obsessionnelle. Puis sa mère se remarie et partent pour la province. Elle ne vit que pour le jour où elle pourra revenir à Vienne. Et quand ce jour arrive, elle recommence à observer cet homme pour lequel elle se consume d'amour...

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    Pourtant jamais l'homme ne s'est rendu compte de cet amour. Alors, bien des année plus tard, celle qui est maintenant devenue une femme prend la plume et écrit son histoire insensée, cet amour absolu, exempt de toute possessivité. dans cette longue lettre qui arrive par la poste le jour du quarante et unième anniversaire de l'écrivain, pas la moindre ligne de reproche, aucun ressentiment. Simplement il lui faut dire, il lui faut raconter. En ce sens, c'est une vraie leçon d'écriture qu'elle donne à cet écrivain frivole qui n'a pas su voir.

    Stefan Zweig reprend ici son thème favori, celui d la passion dévastatrice, mortifère et obsessionnelle. Il en démonte tous les rouages avec une minutie d'horloger. Son analyse, comme chacun de ses textes, est d'une grande finesse psychologique porté par une des plus belle plume de toute la littérature. Le lecteur devient la jeune fille et ressent la beauté de l'amour infini. Zweig parvient donc encore une fois à nous désorienter, et c'est, certes, un beau sentiment que nous ressentons lors de cette lecture, mais une sensation particulièrement désagréable qui nous envahit à la fin de l'oeuvre.

    C'est un amour loin du romantisme, obsessionnel, pathologique, destructeur dans tous les cas. Un amour tenu secret toute une vie et révélé en une longue confession qui fait frissonner. Que l'on puisse aimer à ce point, avec cette pureté, cette sensualité, cette intensité effraye et fascine à la fois. On sent toute la tension qui habitait cette femme enfin libérée par les mots qu'elle écrit, toute la souffrance.

    C'est court, mais tellement poignant que cette nouvelle se lit rapidement. C'est ce qui fait la force de cette histoire. Il ne faut qu'une heure pour la dévorer.

    Alors, qu'attendez-vous ?  


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  • Un pasteur recueille une jeune orpheline, Gertrude, aveugle et inculte. Malgré les réticences de sa famille, il se consacre à son éducation, qui progresse rapidement. La jeune fille, dont l'acuité d'esprit pallie la cécité, découvre en écoutant la Symphonie pastorale l'harmonie du monde, de ses colorations et l'amour de Dieu. Jacques, fils du pasteur, s'éprend de Gertrude et l'annonce à son père. Celui-ci l'éloigne immédiatement. Gertrude déclare au pasteur son amour et celui-ci, se rassurant, reconnait là un amour spirituel. Jacques de son côté renonce à changer le pasteur et se trouve en opposition profonde avec lui. 

    Or Gertrude va pouvoir recouvrer la vue par une opération qui réussit. Mais avant de retourner chez le pasteur elle tente de se noyer ; le monde apparaît très beau mais aussi le front des hommes très soucieux. Son cœur voit alors que c'est Jacques qu'elle aime, mais lui, ayant renoncé à l'épouser entre dans les ordres...  

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    La symphonie pastorale, c'est l'histoire d'une tentation ourdie par le diable contre un homme pieux mais que rien n'a préparé à une lutte inégale. La jeune fille, aveugle, est l’innocence même : " Si vous étiez aveugle, vous n'auriez point de péchés " (Nouveau Testament). Mais dès que le pasteur l'instruit de l'amour divin et de l'harmonie terrestre, l'amour humain naît tout naturellement chez la jeune fille. Devant l'ivresse sensuelle qui participe à son exaltation religieuse, le pasteur ne peut qu'opposer une discipline puritaine, alors que lui-même ignore ou feint d'ignorer cet amour. 

    La grande faute du pasteur consiste, non à aimer à son tour la jeune fille, mais à trouver une légitimation à cette passion dans une interprétation inconsciente et personnelle de la Bible, puis à se prévaloir de cette interprétation pour répandre le malheur autour de lui. 

    Toutes les fois où dans La Symphonie pastorale un point vient à être touché, c'est toujours un de ces points que l'on est obligé d'appeler point d'humanité, un de ceux où affleure toute la vulnérable complexité humaine. Il est dans la Symphonie pastorale plus d'une scène, plus d'un entretien où d'un bout à l'autre il semble que par dessous la prudente retenue des paroles qui s'échangent, l'on perçoive les vibrations successives dont chacun des interlocuteurs est ébranlé.   

     

     

     

     

     


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