• Auguste de Villier-de L'Isle-Adam

    Les Contes cruels sont constitué de vingt-sept textes dont il est difficile de déceler l'unité par la diversité des sujets traités. De ce fait, voici trois textes significatifs. Tout d'abord l'Intersigne, dans la mesure où il constitue le conte le plus ancien rédigé par Villiers et parce qu'il s'inscrit comme l'un des chefs-d’œuvres français des contes fantastiques. De même, nous avons opté pour Vera, où le conte narre l'histoire d'amour enveloppée de mystère et de poésie et porte en lui les stigmates de la littérature du siècle, notamment par l'influence d'Edgar Poe. Quand à La Morte amoureuse, il se situe dans la tradition romantique des amours impossibles. Enfin, le conte des Demoiselles de Bienfilâtre développe sur un ton ironique et cruel le détournement de la morale bourgeoise. De façon plus générale, dans Contes cruels, Villiers de L'Isle-Adam dénonce la société moderne et, sous le couvert d'un comique noir, dévoile le vice et les perversions mentales de ses contemporain. 

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    Les Demoiselles de Bienfilâtre : " Ouvrières qui vont en journée la nuit ", telle est la profession qu’exercent Olympe et et Henriette de Bienfilâtre. Mais bientôt la quotidienneté de leur existence se rompt, Olympe a commis une faute, elle aime.

      Véra : Après la mort de Véra, le comte d'Athol se retrouve seul, et son âme s'abîme dans les souvenirs de leur vie commune. Ne pouvant se détacher d'elle, et à force de volonté et d'imagination, Véra paraît. Une autre vie commence. Soudain, l'apparition s'évanouit, ayant déposé aux pieds du comte de la clef du tombeau.  

    L'Intersigne : Le baron Xavier de la V, après une soirée de spiritisme, se sent atteint d'une mélancolie profonde et décide de retrouver son ami, l'abbé Maucombe. Au cours de la première nuit, Xavier est victime d'une hallucination : on frappe à sa porte, et un homme au regard fixe lui tend un manteau. Le lendemain, il raconte au prêtre sa nuit, mais avant que celle-ci ne parvienne à son terme, il est interrompu par l'arrivée d'une lettre l'obligeant à partir. Sur le chemin du retour, la pluie, de plus en plus forte, oblige les deux hommes à se séparer. A ce moment, là, l'abbé tend son manteau à Xavier. 

    Dépassant les apparences, il fait du conte une sorcellerie évocatoire et pratique l'art du symbole. Il a voulu suggérer des rapports intimes entre les choses, des correspondances entre la nature humaine et sa demeure, son vêtement, ses meubles et objets familiers, indique ses liens avec la nature, le monde animal et le monde spirituel. Non content de saisir les comportements extérieurs des hommes de son époque, il a tâché de pénétrer leurs arrière-pensée ; il les a confrontées avec les grandes lois de la vie, de la mort et de l'au-delà. Il a constamment rappelé que la Terre est habitée par des passants égarés entre l'abîme de leur origine et celle de leur avenir inconnu.   

     


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  • L'ambassade d'Afrique du Sud à Paris regroupe une importante équipe de diplomates. Stephen Keyter y occupe la fonction de troisième secrétaire ; le service des visas lui est confié. Keyter rencontre Nicole Alfort à cette occasion : la jeune fille - particulièrement séduisante et sans)gêne - vient renouveler son passeport. Stephen en tombe vite amoureux, Nicole se laisse faire la cour. Ils se revoient plusieurs fois mais se disputent finalement. Keyter décide alors d'oublier Nicole. Il la revoie cependant dans les couloirs de l'ambassade. il s'en étonne mais découvre rapidement qu'elle vient y retrouver l'ambassadeur en personne.

    Par jalousie et par ambition à la fois, Keyter adresse un rapport confidentiel au gouvernement central de Pretoria. Les griefs du troisième secrétaire sont explosifs : l'ambassadeur Paul Van Heerden, âgé de 58 ans et parvenu aujourd'hui au sommet de sa carrière, entretient une liaison amoureuse avec une fille de mauvais genre ; son comportement nuit gravement aux membres de la délégation ainsi qu'à leur tâche. Keyter envoie son rapport au plus mauvais moment : l'Afrique du Sud négocie des contrats d'armement avec la France et ne peut se permettre aucun scandale. Une enquête est ouverte aussitôt. 

    Dans les années 60, les rapports diplomatiques entre l'Afrique et le reste du monde sont compliqués par l'apartheid et par les tensions qui opposent la minorité blanche au pouvoir à la population noire de ce pays. Le massacre de Sharpeville révèle ces tensions politiques à l'ensemble de la communauté internationale. Très troublé par la situation, André Brink écrit L'Ambassadeur à la même époque. Le scandale de l'apartheid marque profondément son livre : ses personnages se retrouvent plongés dans ce même contexte. C'est l'occasion pour l'auteur d'exorciser sa colère vis-à-vis de son gouvernement, mais aussi son sentiment de culpabilité. 

       

     

     


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  • Sur les quais du Danube, une fille de petite vertu, Leocadie, se vend pour trois sous à un militaire qui rentre au quartier ; peu après, le soldat rencontre à un bal populaire, au Prater, Marie, une femme de chambre peu farouche ; retour chez ses maîtres, Marie cède à Alfred, le fils de la maison qui n'attendait que cela ; à son tour, Alfred convainc Emma, une jeune femme mariée, de commettre avec lui son premier adultère ; la cinquième scène met aux prises Emma et Charles qui joue la comédie de l'amour conjugal ; Charles, son mari, ne tarde pas à tromper son épouse avec une grisette qu'il veut installer dans ses meubles ; celle-ci se donne à un homme de lettre, fort vaniteux, Robert, qui entame avec l'actrice, interprète de sa pièce, une liaison fugace ; l'actrice succombe au charme d'un comte qui passe la nuit chez la prostituée du début, Leocadie. 

    Ces scènes s'enchaînent rapidement au rythme d'une valse sans fin et n'engendre aucune monotonie.

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    D'une redoutable simplicité, l'argument de la pièce, porteur d'une forte charge explosive, provoque le scandale lors de la première à Berlin, comme Vienne. Dix courts dialogues mettent en scène un homme et une femme avant, pendant et après l'acte d'amour. Débutant par les relations d'une prostituée et d'un soldat, s'achevant sur la brève rencontre de la même prostituée et d'un aristocrate, La Ronde dévoile sans fard les tares des personnages qui, toutes classes confondues, n'ont en commun qu'un seul dessein : l'accomplissement de leur désir. La bourgeoisie viennoise ne put admettre de voir ainsi ses propre attitudes calquées sur celle du vulgaire. A Berlin, la presse et les conservateurs se déchaînent ; il y a procès. On accuse l'auteur d’obscénité, et l'on taxe La Ronde de "pièce ordurière juive". A Vienne, même réactions. Révolté par l'hypocrisie de ses concitoyens, Schnitzler retire lui-même sa pièce en interdisant qu'on la joue pendant vingt-cinq ans.

    L'auteur veut surtout mettre en place quelques "instants" choisis, quelques "états d'âme". D'ailleurs les meilleurs pièces de Schnitzler ne sont pas les pièces longues où il peint la société viennoise, ni les pièces à problèmes, ce sont des esquisses rapides. Ainsi sa première oeuvre Anatol, une série de sketches dont le héros est l'héritier des "blasés" romantiques. La même technique se retrouve dans la célèbre Ronde qui, en dix brefs dialogues, dénoncent le mensonge de la vie, mènent leur vie sciemment comme on joue un rôle. 

    Arthur Schnitzler attendit plus de vingt ans pour livrer La Ronde au public, supprimant toutefois le mot "d'amour" du titre par crainte de choquer. Il avait conscience d'avoir jeté sur ses concitoyens le regard aigu du médecin, d'avoir analysé en écrivant, l'inconscient que, dans ce même temps, et d'objet du même refus. 

     

     


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  • Antonin Artaud - Le Théâtre et son double

    Le théâtre occidental est depuis longtemps dans une période de décadence. Coupé du monde, relégué dans de tristes salles, affichant systématiquement les valeurs de l'esprit bourgeois, un individualisme et une psychologie ternes, des dialogues envahissants qui dispensent de mise en scène et d'imagination, le théâtre ne remplit plus son rôle dans une société trop soucieuse de "culture". Des initiatives personnelles doivent rompre cette monotonie et retrouver une entente avec le public.  

    Ainsi, à l'instar du théâtre oriental, il est nécessaire d'utiliser tous les moyens propres à toucher l'imagination, la musique comme les éclairages, les accessoires comme le décor, la voix comme la gestuelle. il faut leur rendre des significations et des conventions, qui seules permettent l'accès à des notions communes abstraites, spirituelles ou métaphysiques. Mais redonner vie à un théâtre d'action ne se fera pas sans une certaine violence : Artaud évoque même un "théâtre de cruauté".

    La vie et le théâtre se distinguent dans la cruauté. Artaud rappelle le spectacle de la grande peste de Marseille en 1720. Son apparition n'était pas fortuite dans une société déjà atteinte, malade : elle provoque impitoyablement les mêmes malaises dans le corps physique et dans le corps sociale. La forme corporelle, l'existence d'un individu sont, elles-mêmes, le théâtre d'un ensemble de forces qui régit la société. Le corps humain, jusque dans sa perte, se trouve être comme le double d'une réalité peu perceptible : il reproduit le comportement du corps social. Ainsi, le théâtre ne peut pas être coupé de la société, puisque sa place est au cœur même de la théâtralisation (son double) qu'est la société elle-même.

    On s'aperçoit finalement en lisant Le Théâtre et son double, que ce débat mené par Artaud à propos du théâtre pendant des années recouvre un débat plus profond : celui de la culture, dans ses rapports avec la vie. Il ne sert qu'à dénoncer le malaise de la civilisation : "une rupture entre les choses et les paroles, les idées, les signes qui en sont la représentation. 

     


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  • Pasteur noir d'un petit village d'Afrique du Sud, sans nouvelles des siens depuis qu'ils ont quitté leur village natal pour Johannesburg, Koumalo part à leur recherche. C'est là qu'il prend conscience de la dure réalité de l'apartheid, dans cette ville où son peuple, exploité et opprimé par la minorité blanche, sombre dans la déchéance et la criminalité. Sa sœur, Gertrude, qui vit à la limite de la prostitution, se livre à des trafics d'alcool. Son frère, qui était menuisier, est devenu un homme politique important, mais que le pouvoir a corrompu. Enfin, à force de pénibles recherches, il retrouve son fils, inculpé pour un meurtre commis lors d'un cambriolage. L'exécution étant imminente, Koumalo, brisé, retourne au village, accompagné seulement de son neveu et de sa belle-fille. Fort de son expérience, il mettra tout en oeuvre pour faire renaître le village et préserver les coutumes de sa tribu.

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    Pleure, ô pays bien-aimé est un hymne d'amour lancé à l'Afrique du Sud, pays où se déchirent deux races, deux cultures. A travers le témoignage de ce vieux pasteur noir, Paton expose avec objectivité tous les aspects de la ségrégation raciale. La découverte des richesses minérales en Afrique du Sud, l'industrialisation du pays et la construction de grandes villes, comme Johannesburg, ont provoqué, en même temps que l'exode rural, l'éclatement des coutumes et des tribus. Plein d'espoir devant l'essor économique de son pays, fasciné par la culture européenne, le peuple noir s'est vu en fait privé de ses biens, exploité, opprimé. En ce sens, Absalon,fils de Koumalo, est représentatif de ce peuple. Dépossédé de sa culture ancestrale, exclu d'une société instaurée par et pour la minorité blanche, seule la délinquance peut-être une issue pour lui.

    Pleure, ô pays bien-aimé obtint un immense succès dans le monde entier et devint, en peu de temps, une manière de Case de l'Oncle Tom. Ecrit dans une langue poétique, le livre touche par sa simplicité, son pouvoir d'émotion, sa sentimentalité qui, inadmissible chez des Européens, correspond cependant très bien au monde noir décrit.   

        Extrait :

    " Pleure, ô pays bien-aimé, sur l’enfant qui n’est pas encore né et qui héritera de notre peur. Puisse-t-il ne pas aimer trop profondément cette terre. Puisse-t-il ne pas rire avec trop de joie lorsque l’eau coulera entre ses doigts, ne pas se taire trop gravement lorsque le couchant fera flamboyer le veld. Puisse-t-il ne pas être trop ému lorsque les oiseaux de son pays chanteront, ne pas donner trop de son cœur à une montagne, à une vallée. Car s’il donne trop, la peur lui prendra tout. »

     

     

      


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