• Le chômage, la misère et la famine se sont installés dans ce dépotoir du littoral pacifique. Un trou sordide et malsain peuplé d'aventurier et d'alcooliques, avec, au loin les champs pétrolifères du Guatemala. Rongés par les fièvres, l'ennui et les drogues, ils attendent, cherchant une improbable porte de sortie. Le choix est simple : partir ou crever.

    " On embauche d'excellents chauffeurs de camion. Travail dangereux. Haut salaires. S'adresser au bureau "

    O'Brian le contremaître de la Crude & Oil Limited décide d'envoyer deux camions, tout à fait ordinaires, avec comme chargement, cent kilos de nitroglycérine, dont une seule secousse peut faire volatiliser tout un quartier de la ville.

    L'état des camions et l'état des routes ne laissent qu'une chance sur deux aux conducteurs et ils doivent être de retour dans douze heures. Pour être sur d'avoir des candidats au suicide, il offre mille dollars cash.

    Après un début plutôt lent mais nécessaire à la présentation des personnages et à la compréhension de l'histoire, commence le voyage. On suit chaque instant du périple des chauffeurs dont on peut ressentir la peur, qui transpire jusqu'au lecteur. Le livre tient en haleine tout au long de leur parcours, où la moindre défaillance peut-être mortelle pour ces hommes.

    Une fausse manœuvre, une vitesse trop rapide ou au contraire trop lente suivant la configuration du terrain et tout pète. L'angoisse et la peur sont omniprésentes. C'est une rude épreuve, à la fois physique et psychologique.

    C'est ce voyage hallucinant que l'auteur décrit en détail. Le suspens est total concernant la réussite ou l'échec de la mission.  

     


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  • A Madrid, il est un homme que tous admirent : le moine. Avant d'être nommé supérieur de sa communauté, il n'est jamais sorti de son couvent, où il fut recueilli dès sa naissance, abandonné par ses parents. Il ne sort de sa retraite et de son recueillement que pour faire des sermons à la cathédrale, dans laquelle une foule impressionnante vient l'écouter pieusement. " C'est un saint ", disent de lui les habitants de Madrid. Mais personne ne le connait véritablement, si ce n'est Rosario, jeune novice qui lui voue une admiration toute particulière, et Dieu le Père en personne ! Le moine est trop sensible à l'image - certes inoffensive - de la Vierge Marie devant laquelle il prie chaque jour, et trop prompt à réveiller ses sens si longtemps endormis, pour rester saint toute sa vie. Derrière la rose se cache un dangereux serpent et, derrière le moine, c'est le diable lui-même qui veille...

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    L'un des thèmes de la littérature gothique du XVIIIè et du XIXè siècle est le moine vaniteux et libidineux. Apparu dans les fabliaux du Moyen-Âge, il s'est enraciné dans l'imaginaire collectif. Cependant, l'originalité apportée par le roman gothique à ce cliché de la littérature, est de lui conférer une psychologie et une aura démoniaque et irrésistible ascension vers le Mal. En un mot, faire du moine paillard traditionnel, un personnage complexe, sombre et tourmenté, à l'image de la trame du roman gothique. Cet ouvrage au succès retentissant servira de modèle aux roman gothiques qui suivront.

    Le Moine est probablement le plus célèbre roman "terrifiant" anglais du XVIIIè siècle, mais aussi l'un de plus transgressifs. En effet, il est le premier récit à mettre en scène un moine dans le rôle du héros maléfique. Sa publication fit scandale et Lewis fut obligé d'en expurger certains passage dans la deuxième éditions.  

    L'édition originale du Moine a été publiée en 1796 avec beaucoup de succès, bien plus, d'ailleurs, que n'en connurent les ouvrages suivants de Lewis. La seule véritable traduction à laquelle il est fait traditionnellement référence est celle de Léon de Wailly en 1840. Lorsque Antonin Artaud entreprend de réécrire Le Moine, ce travail est réaliser sur commande et dans la perspective de l'adapter au théâtre ou au cinéma. Artaud n'a jamais prétendu traduire littéralement le texte, mais a plutôt voulu en faire ressortir l'aspect fantastique.  

    Le texte original a été écourté, pour un résultat toutefois long, où les rebondissements de situations nous font découvrir des liens tout d'abord insoupçonnés entre les différents protagonistes. " La Nonne sanglantes " et " Le Juif errant " sont des passages pleins de suspense qui donnent des sueurs froides. On retrouve dans ce choix d'Artaud, son gout pour les mondes parallèles où les repères n'existent pas. Le Moine est un récit vraiment diabolique, où le suspense et l'horreur sont entretenus jusqu'au bout.

    Ecrit vers l'âge de vingt ans, Le Moine fut à la fois le premier et le meilleur roman de Matthew Gregory Lewis. Le personnage d'Ambrosio, moine orgueilleux et libidineux fait désormais patie du cercle très fermé des "génies du mal", tels que Melmoth de Mathurin ou le Faust de Goethe 

     


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  • Chef de compagnie aéropostale, Rivière est un homme inflexible. Ignorant l’intérêt individuel des pilotes, son seul but est de prouver que l'avion est un moyen plus rapide que le train pour acheminer le courrier. Pour cela, il faut imposer les vols de nuits, même s'ils sont réputés extrêmement dangereux. Qu'importe ! Rivière n'hésite pas à engager la vie de ses hommes ; il faut passer coûte que coûte, par tous les temps, ne renoncer qu'au dernier moment et seulement si m'accident est inéluctable ; c'est le seul moyen de distancer le chemin de fer. Rivière réussit ainsi son entreprise, mais à quel prix ! Nombreux sont les accidents. Parmi les victimes, Fabien, un pilote ramenant le courrier de Patagonie vers Buenos Aires qui, pris dans une tempête, sombrera pour avoir tenté l'exploit. Tel est le devoir des pilotes de Rivière qui se doivent de rester fidèle à leur mission, ignorant la peur, vivant pour le courrier. Le lendemain, Rivière, malgré la mort d'un équipage, n'annulera aucun vol.

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    Saint-Exupéry, écrivain et pilote, directeur de l'aéropostale d'Argentine en 1929, relate ici sa propre expérience. A travers ce court roman, l'auteur pose le problème du chef et des valeurs au nom desquelles il peut disposer des hommes. Saint-Ex.pery oppose deux types d'hommes, le chef et le sujet. Le chef impose ses volontés et le sujet obéit, exécutant sans sourciller les directives de ce dernier, acceptant au nom du métier qu'il a choisi les risques les plus périlleux. L'homme selon Saint-Exupéry, tire sa grandeur du dépassement de soi dans l'action ainsi que de la soumission à son devoir. L'éthique de Saint-Exupéry repose sur une conception héroïque de l'homme et de l'action. Seul dans son appareil, l'auteur a sans cesse emmagasiné des réflexions. L'avion est plus qu'un simple moyen de locomotion ou de travail. Il est l'occasion pour les hommes de connaitre et d'accepter leurs limites, de montrer leur vertu, là où leur puissance ne va plus de soi et où l'absence de sécurité et des commodités de la civilisation l'oblige au silence et au respect.

       Dans une préface André Gide écrira : 

    " Je crois que ce qui me plait surtout dans ce récit frémissant, c'est sa noblesse. Les faiblesses, les abandons, les déchéances de l'homme, nous les connaissons de reste et la littérature de nos jours n'est que trop habile à les dénoncer ; mais ce surpassement de soi qu'obtient la volonté tendue, c'est là ce que nous avons surtout besoin qu'on nous montre.

    " Plus étonnant encore que la figure de l'aviateur m’apparaît celle de Rivière, son chef. Celui-ci n'agit pas pour lui-même : il fait agir, insuffle à ses pilotes sa vertu, exige d'eux le maximum et les contraint à la prouesse. Son implacable décision ne tolère pas la faiblesse et, par lui, la moindre défaillance est punie. Sa sévérité peut, au premier abord, paraître inhumaine, excessive. Mais c'es aux imperfections qu'elle s'applique, non point à l'homme même que Rivière prétend forger. On sent, à travers cette peinture, toute l'admiration de l'auteur. 

    " Je lui sais gré particulièrement d'éclairer cette vérité paradoxale, pour moi d'une importance psychologique considérable  que le bonheur de l'homme n'est pas dans la liberté mais dans l'acceptation d'un devoir. Chacun des personnages de ce livre est ardemment, totalement dévoué à ce qu'il doit faire, à cette tâche périlleuse dans le seul accomplissement de laquelle il trouvera le repos du bonheur. "  

     

     

     


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  • Erich Maria Remarque - A l'ouest rien de nouveau

    Paru en 1929, le premier roman de l'auteur allemand Remarque rencontre immédiatement un succès foudroyant. Ce récit d'un traumatisme, alors très vivace dans les consciences, touche d'abord par sa simplicité : le narrateur est un homme du peuple, un simple soldat, enrôlé avec ses camarades de classes, et bien avant l'âge, par un professeur fanatique. Faisant, avec ses deux ans de front, figure d'ancien, il vit la claustrophobie des tranchées, l'horreur des corps mutilés, la boucherie des jeunes recrues inexpérimentées, la morbidité des hôpitaux surchargés, la déroute annoncée de son pays. Mais ces passages d'une violence quasi insoutenable alternent avec des moments privilégiés, banquets clandestins ou nuits d'amour avec de jeunes Françaises obtenues pour quelques morceaux de pain. Cependant, les compagnons meurent un à un, jusqu'au plus cher. Mais " à l'ouest, il n'y avait rien de nouveau ".

    Cette narration à la première personne offre l'avantage d'un point de vue limité : celui d'un jeune homme qui ne se bat pas pour une idéologie ou une patrie, qui n'a pas d'ennemi particulier, qui ne cherche qu'à sauver sa peau et qui souffre d'avoir tué un homme qui aurait pu être lui. Cette voix presque innocente incite une identification à la fois personnelle et collective de la part des lecteurs.

    L'individualité n'a plus de cours au front, elle se dissout dans une égale déshumanisation, car seuls des "hommes-bêtes" peuvent ne pas y devenir fous. Cette apparente naïveté de la narration permet,par ce qu'elle tait, de dénoncer le système qui sous-entend la guerre, un système autodestructeur dont les créateurs et les buts n'apparaissent jamais.    

     

     

     


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    Florent Couao-Zotti nous invite dans son recueil de nouvelles, dans un univers sans concession sur les tares humaines que celles-ci soient prisent isolément ou en société. L'auteur tel un entomologiste minutieux ne pose aucune limite à sa plume acérée. Visionnaire, ses yeux innombrables fouillent avec méticulosité la ville africaine et sa folie dantesque.
    Dans les nouvelles de Couao-Zotti, voler, tuer, souffrir est le quotidien de cette humanité, un quotidien dont parlent entre eux les égouts et les fleuves, les rues et les décharges, ainsi que les poètes, mais au pays du vaudou et de la magie, des hommes se lèvent, invincibles, et le rire demeure en dépit de tout, la première des forces.

        Florent Couao-Zotti heurte son lecteur dès la première nouvelle ou il met en scène un acte de nécrophilie. Comme s'il voulait tester, trier les heureux lecteurs qui ouvrent ce recueil.

    Les différents thèmes de ces nouvelles s'appuient sur des faits divers glauques que l'on pourrait imaginer dans n'importe quel quartier populaire d'une grande ville africaine : viol, inceste, petite délinquance, folie, meurtre, infertilité, nymphomanie...

    Le tour de force de Couao-Zotti réside dans le style flamboyant de son écriture, sa dextérité à jouer avec les mots mais surtout l'émotion que véhicule chacune de ses nouvelles. Son implication dans chaque personnage révèle une très grande proximité de l'auteur avec les questions délicates qu'il aborde.

     Qu’est-ce qui pousse en pleine nuit un homme a pénétré dans un caveau pour y accomplir un dessein  érotique et funèbre ?
    Quelle folie pousse les Hommes à commettre les forfaits les plus sinistres et lugubres, à constamment côtoyer le macabre.
    Cette fièvre qui les anime est-elle due au désœuvrement auquel condamne le chômage, ou à un ras-le-bol collectif de la morale et des règles de conduite que la société impose ? Mais sont-ils réellement fous ?

    Exceptionnel ! Un recueil de nouvelles sans déchet aucun, d'une force rare. Nouvelles puissantes et parfois dérangeantes mais qui restent gravées dans la mémoire. Contes mi-fantastiques mi philosophiques et charges politiques. On s'incline et on conseille très fortement !  

     


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