• Arthur Koestler - Le Zéro et l'Infini

    Roubachof n'est pas surpris de son arrestation. Il a déjà goûté de l'incarcération et de la torture lorsque le Parti, à peine au pouvoir, suspectait les moindres compromissions. Mais il avait été réhabilité, était redevenu l'un de ses fervents penseurs, l'un de ses directeurs actifs. Roubachof a vu arrêter et disparaître des amis, parfois il a dû les discréditer pour des raisons supérieures ; aujourd'hui, c'est son tour. 

    Son premier interrogatoire est mené par Ivanof, une vieille connaissance, du temps où la Révolution n'était qu'un complot. Roubachof accepte de feindre une abjuration publique et de se retirer. Mais ce n'est pas assez. Interrogé maintenant par Gletkin, Roubachof ne connait plus de repos des jours durant. On veut lui faire admettre que le meilleur moyen de servir un parti est d'avouer publiquement un absurde complot afin qu'on tienne le Parti quitte de son exécution...

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    « Les personnages de ce livre sont imaginaires. Les circonstances historiques ayant déterminé leurs actes sont authentiques. La vie de N.-S. Roubachof est la synthèse des vies de plusieurs hommes qui furent les victimes des soi-disant procès de Moscou. Plusieurs d'entre eux étaient personnellement connus de l'auteur. Ce livre est dédié à leur mémoire. »

    Ainsi commence Le Zéro et l'infini d'Arthur Koestler

    A travers ce récit, Koestler décortique la mentalité des partisans du régime stalinien et celle de ses opposants. L'analyse qu'il fait du régime se base sur le titre même du récit : le zéro représente alors la place de l'individu au sein de la société communiste russe, l'être humain en tant qu'entité individuelle n'existe pas et doit se sacrifier au bénéfice de la communauté : l'infini. La communauté est tout et l'individu n'est rien. A partir de cette « philosophie », tout est alors excusable, peu importe que certains meurent de famine, peu importe que d'autres soient arrêtés et condamnés arbitrairement, tant que tout cela participe au bien collectif.

    Si dans les années quarante, Le Zéro et l'Infini était un livre véritablement anticommuniste, son actualité concerne aujourd'hui une certaine forme de répression répandue depuis la Seconde Guerre mondiale. L'univers carcéral est celui de toujours. Mais sa forme nouvelle est celle de la dictature bureaucratique. Roubachof, homme public, a droit à un procès public, procès uniquement médiatique, alors qu'Ivanof, évincé de cette affaire, a "disparu". Cette vision du changement du visage des polices politiques fit le succès du livre.


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