Argante, père d'Octave, veut casser son mariage avec une certaine Hyacinthe, fille pauvre et sans nom. Géronte, père de Léandre, refuse quant à lui le projet de mariage de son fils avec Zerbinette, qui est depuis sa tendre enfance aux mains d'Egyptiens et dont il faut racheter la liberté. Ces amours contrariées incitent les deux fils à demander l'aide de Scapin. Déployant toute son habilité, celui-ci va tenter de renverser la situation en leur faveur et gagner sur les deux tableaux. Valet de Léandre, il bénéficie de l'aide de Silvestre, qui est au service d'Octave.
Par la ruse et la menace, ils parviennent à soutirer aux deux pères l'argent nécessaire pour la libération de Zerinette, en faisant notamment croire à Géronte que son fils est détenu sur une galère turque, d'où l'inoubliable réplique de l'acte II : " Que diable allait-il faire dans cette galère ? " Puis Scapin, en son "honneur" blessé, se venge de Géronte au cours de la célèbre scène où il l'enferme dans un sac et le roue de coups. De "fourberies" en rouerie, la farce suis son cours jusqu'au coup de théâtre final : Argante et Géronte s'avèrent être les pères de Zerbinette et de Hyacinthe. Scapin fait semblant d'agoniser por échapper à la vengeance des vieillards, qui pleins d'émotions, lui pardonnent.
**********
Les Fourberies de Scapin est l'une des dernière pièce de Molière, qui revient ainsi au genre de la farce qu'il avait pratiqué au début de sa carrière. C'est une œuvre admirable de maturité et de maitrise, dans laquelle Molière intègre son expérience des comédies de caractères au rythme échevelé et aux coups de théâtre propre à la commedia dell'arte. Scapin est ainsi le digne héritier du "zanni" italien. Argante et Géronte, quant à eux, sont de vrais "caractères" et leur opposition au mariage de leurs fils sert de prétexte à Molière pour déployer toute sa science comique.
La farce moliéresque est une heureuse combinaison de convention et d'observation. L'observation se glisse dans les situations et les caractères. L'unité est assurée par Scapin, le meneur de jeu. Conventionnel, assurément Scapin l'est. D'autre valet et d'autres fourbes ont enrichi le personnage, mais aussi la fantaisie du poète. L'esquisse est cette fois extraordinairement précise. Le goût de l'aventure, l'ardeur dans l'intrigue, le courage, la souplesse surtout et l'infinie diversité attestent la présence de multiples traditions, et pourtant le valet est lui-même, Scapin, type vivant et inoubliable. La farce ici touche au grand art.