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Dos Passos - Manhattan Transfer*

On a beau l'appeler la "ville de la chance", New York ne porte pas toujours bonheurs à ceux qui y débarquent, en quête de fortune. Les immigrés qui fuient un passé douloureux n'y trouvent parfois qu'une autre misère. Celle-ci côtoie en effet la prospérité. Les belles carrières se font, mais aussi s'écroulent. Les étudiants noient l'absence d'espoir ou d'idéal dans l'alcool. C'est u  tableau plutôt sombre que Dos Passos nous offre d'une ville qui, au début du siècle, faisait rêver tant d'étrangers. 

Bud, le jeune paysan, qui a sur la conscience le meurtre d'un père trop violent, ne trouvera à Manhattan que des raisons de se jeter dans un quai dans l'eau noire. Joe Harland, l'ex-roi de Wall Street, est devenu un clochard. Le bel étudiant Stan se tue à force de boire. Quand à la belle Ellen, la star à qui tout semble sourire, elle aussi est victime de son amour pour Stan et n'a d'autres choix que de se vendre à un homme riche. 

Haine de la bourgeoisie new-yorkaise envers les nouveaux arrivant, juifs ou irlandais , course effrénée à l'argent ; chez Dos Passos, la description de la ville des gratte-ciel offre le prétexte à une âpre critique sociale. Les faibles sont broyés, les puissants malheureux. 

**********

 Pour ce portrait d'une ville, l'écrivain emprunte aux cinéastes leur techniques en structurant son livre par séquence, comme un film. C'était totalement nouveau en 1925, lorsque la livre a été écrit. Comme un cinéaste encore, Dos Passos, insiste sur l'élément lumière ainsi que sur les images symboles, comme celui du cul-de-jatte entrain de regarder un dirigeable  : " Le petit cul-de-jatte s'arrête net , arcbouté sur ses deux bras, au  milieu du trottoir, dans la 14e Rue. Parmi les jambes qui marche, les jambes maigres, dandinantes, jambes dans les jupes, des pantalons ou des culottes, il reste là, complètement immobile, arc-bouté sur ses deux bras, les yeux levés vers le dirigeable. " 

L'œuvre de Dos Passos, né à Chicago, d'une famille d'immigrants portugais, marque un tournant dans la littérature américaine. " Contemporain de Fitzgerald et de Hemingway, note le critique et historien Jacques Cabau, il apprit à écrire dans le Montparnasse des années folles. Mais sa réputation de "romancier social" le rattache plutôt à la crise économique des années trente qu'à "l'âge du jazz" des années vingt. Au désenchantement de la "Génération perdue" succède un roman engagé, et au lyrisme désespéré des héros solitaires de Hemingway et de Fitzgerald une épopée de l'aliénation sociale, où les destins individuels se confondent dans une catastrophe collective "  

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