Bruno, le "Cocu magnifique" a épousé Stella, jeune, belle et très éprise de son mari. Cependant, en proie à une jalousie morbide, il se convainc que sa femme lui est infidèle et imagine alors mille stratagèmes pour la pendre en flagrant délit d’adultère. Un cortège d'amants virtuels gravite autour de Stella, sur les instances de Bruno ; celui-ci pense ainsi découvrir celui qui, tapi dans l'ombre et se refusant à une cour bruyante, est le véritable amant. Prisonnier de ses obsessions, Bruno se livre à une mascarade : il se déguise nuitamment afin de séduire sa jeune épouse et légitimer ainsi ses soupçons.
Stella se laisse émouvoir, car cet intrus masqué ressemble étrangement à Bruno lorsque, au paroxysme d'un lyrisme enchanteur, il lui proclamait son amour. Cette comédie du travestissement précipite le dénouement tragique : n'ayant pas réussi à persuader Bruno de sa fidélité, Stella sera contrainte de quitter le domicile conjugal.
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Crommelynck à donné à sa pièce le sous-titre de "farce lyrique", qui dénote un climat particulier, à la fois truculent et rempli du lyrisme de la passion amoureuse. Dévoré par la jalousie, Bruno adopte un comportement excessif qui le mène inéluctablement à la déchéance. La farce découle de ce mouvement passionnel qui dépasse, dans ses manifestations extrêmes, les limites du vraisemblable. Bruno oblige Stella à porter un masque. Tour à tour, il la tient recluse puis offre son corps aux regards concupiscents des hommes du village. Plein de sérieux dans ses injonctions insensées, il transforme la situation en bouffonnerie grotesque, prenant à partie Estrugo, son confident silencieux.
Crommelynck, qui admirait Shakespeare, s'est inspiré d'Othello pour décrire le mécanisme destructeur et la logique délirante de la jalousie, en présentant toutefois le thème sous un autre angle. En effet, à la différence d'Othello, dont la jalousie, provoquée par un élément extérieur (le fameux mouchoir), est entretenue par Lago, les divagation morbides de Bruno n'ont de source qu'en lui-même.
Crommelynck a composé son Cocu magnifique en s'inspirant d'Othello mais en lui conférant un mode de fonctionnement expressionniste. L'auteur lui-même nous éclaire sur cet aspect de son théâtre qui consiste à démonter les mécanismes d'une fiévreuse agitation intérieure, poussée à son paroxysme : " J'ai voulu refaire Othello de Shakespeare. Il me semblait qu'Othello était trop naïf... Je prétendais que la jalousie était une sorte de maladie qui n'avait besoin d'aucune espèce de ferment extérieur, qu'elle se nourrissait de soi-même et sans engrais. J'ai donc écrit Le Cocu magnifique qui est en réalité un immense monologue. Car les personnages ne sont que des échos de son tourment intérieur..."
Extrait
" Tu en as dit assez ! C’est par là qu’elle a quitté la maison, c’est sûr ! Ah ! la garce, la prodigieuse femelle ! Une femme si achevée, si fine, mon cher ami. Quand je me l’imagine nue, dénouant sa chevelure, mon cœur perd son écorce ! Et lui, lui, l’attendait au-dehors avec une échelle ? Comment descendrait-elle du toit dans le verger ? Sauterais-tu de là-haut sans te rompre les os ; glisserais-tu le long du lierre sans l’arracher ? Marche-t-elle sur une vapeur, dans un rayon de lune, a-t-elle des ailes, - me crois-tu fou ? »