Pierre, enfant tranquille de la bourgeoisie parisienne, mène dans le Paris du siècle dernier une existence faite de jeux, de visites et de promenades, sous la protection bienveillante d'un père médecin et collectionneur naturaliste, d'une mère douce et de voisines distinguées : " La dame en blanc et la dame en noir ". Seul quelques monstres hideux sortis de son imagination viennent troubler, le soir venu, cet univers paisible. L'enfant fait progressivement son éducation. Une fois initié aux plaisir de la lecture, il se forge une culture classique, a mesure de ses achats chez les bouquinistes des quais et de la place Saint-Sulpice. Aspirant d'abord à la gloire militaire, il s'oriente finalement vers les lettres et l'histoire. A l'âge de dix-sept ans surviennent les premiers frémissement du cœur : Pierre s'éprend d'une jeune femme qui néglige ses élans. Il finit par se marier et, devenu père de la petite Suzanne, il observe ses moindres gestes, la mène voir les marionnettes du Luxembourg et lui transmet son goût pour les livres.
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Dans Le Livre de mon ami, Anatole France raconte les souvenirs d'un autre. L'auteur, c'est bien Anatole France, mais le narrateur présumé est son ami Pierre Nozière, d'où le titre. Le texte se veut en effet fondé sur ls archives personnelles de Nozière. Il se compose de deux parties d'inégale longueur : " Le Livre de Pierre ", consacré aux souvenirs d'enfance, qui occupe les deux tiers de l'ouvrage, et " Le Livre de Suzanne " qui comprend les mémoires de Nozière sur la petite enfance de sa fille.
Le lecteur est plongé dans un univers désormais disparu, mais plein de charme, celui de la moyenne bourgeoisie parisienne au cœur du XIXe siècle, entre le Panthéon et le Luxembourg : il assiste à ses loisirs, à sa vie intime. La nostalgie de l'enfance perdue se double du regret de ce monde à la fois discret et cultivé. Un rien suranné, le style de l'auteur contribue grandement à ces sentiments.