• Georges Perec - La disparition

    Georges Perec - La disparition

    Mais qu'est-ce qui a bien pu disparaître dans le livre de George Perec.
    Il nous donne une indication : « un rond pas tout à fait clos, fini par un trait horizontal ».
    Je dois avouer que je ne me rappelle plus du tout la trame de ce roman. Mais est-ce bien cela l'important ? Ne serait-ce pas le tour de force d'avoir écrit tout un roman en omettant volontairement la lettre "e" ?

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    Il s'agit avant tout d'un roman racontant la disparition d'un quidam, Anton Voyl. Son nom, à coup sûr, fait allusion au truc disparu. Quant à la construction du roman, on dirait du polar (plutôt noir a priori, il y a un mort, puis moult assassinat)

    Il s'agit d'un roman inouï. Savoir bâtir tout un roman sans jamais saisir un trait si vital au patois du français, aux allocutions, aux rapports, à la narration, tout un roman sans l'important truc qui surgit avant F, qui naît à l'aval d'A, B, C, D, ... dont G. P. disait : " un rond pas tout à fait clos, fini par un trait horizontal ". Trop fort !

    Un travail colossal mais amusant, où il faut bannir un mot, nom pas qu'un mais à foison. Il s'agit d'un boulot long mais jouissif lorsqu'on a su ou pu saisir un bon nom puis un prochain garantissant un final accompagnant la loi qu'on poursuit. Il n'a pas bâti son roman d'un coup, durant un jour ou dix. Non. Il lui a fallu pas moins d'hardis longs mois pour sa fabrication.  

     

    Georges Perec - La disparition

    Extrait :

    " Anton Voyl n'arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s'assit dans son lit, s'appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l'ouvrit, il lut; mais il n'y saisissait qu'un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification.
    Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu'il passa sur son front, sur son cou.
    Son pouls battait trop fort. Il avait chaud. Il ouvrit son vasistas, scruta la nuit. Il faisait doux. Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu'un glas, plus sourd qu'un tocsin, plus profond qu'un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait.
    Sur l'abattant du vasistas, un animal au thorax indigo, à l'aiguillon safran, ni un cafard, ni un charançon, mais plutôt un artison, s'avançait, traînant un brin d'alfa. Il s'approcha, voulant l'aplatir d'un coup vif, mais l'animal prit son vol, disparaissant dans la nuit avant qu'il ait pu l'assaillir."

    Georges Perec - La disparition

     


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