• Iznogood - Goscinny & Tabary

    Nous sommes en 1962, le nom de Goscinny vient envahir les rayons des libraires grâce notamment à La Serpe d'or, le deuxième album d'Astérix, série qu'il a créée trois ans plus tôt avec Uderzo. Il est l'auteur de bande en vogue et c'est par conséquent très naturellement que les Editions de la Bonne Presse s'offrent ses services et lui demande de collaborer à un nouveau journal : Record. Il a carte blanche pour créer un personnage. 

    Malgré un charge de travail considérable, il va s'associer à Jean Tabary, talentueux dessinateur. Les deux hommes s'apprécient et Goscinny dira : " Tabary, le génial dessinateur d'Iznogood, un marrant que j'aurais aimé connaître plus tôt..."

    Donc en 1962, il téléphone à Tabary et lui demande s'il voulait faire avec lui une autre série. Il était question d'une série policière avec un détective plus ou moins privé. Bref, il dessine un détective et quelques personnages secondaires : il les accepte et lui dit qu'il va les présenter avec son synopsis à Record. Quelques jours plus tard, il lui annonce que c'est accepté et lui demande de venir lire le synopsis. C'est alors qu'il découvre avec stupéfaction une tout autre histoire.

    C'est l'histoire d'un abominable grand vizir, à l'époque des Mille et Une Nuits ! " Ah oui, lui dit Goscinny, j'ai oublié de te
    prévenir : j'ai changé d'idée ! " Et il précise : " L'idée de faire absolument autre chose m'est venue en écrivant une histoire du petit Nicolas. " En effet, dans " La sieste " nouvelle publiée en août 1961, Goscinny décrit un moniteur de colonie de vacances qui raconte une histoire destinée à inciter Nicolas et ses copains à s'endormir : il était une fois un ignoble vizir qui voulait prendre la place du gentil calife...

    Jean Tabary doit alors dans l'urgence, dessiner personnages et décors de cette parodie de contes oriental. " Il a fallut que j'invente un monde des Mille et Une Nuits, diras t-il, car je ne me suis jamais documenté." Et c'est heureux, sinon la série n'aurait pas cette originalité. "Tout ce que j'ai dessiné dans Iznogood est totalement faux, raconte le dessinateur qui laisse libre cours à son imagination débordante, inventant ainsi une Bagdad éloignée de toute réalité historique. Cet Orient d'opérette se marie admirablement avec le ton inédit de Goscinny.

    La première histoire d'Iznogood, intitulée Les Aventures du calife Haroum El Poussah, paraît dans le premier numéro de Record, le 15 janvier 1962. Le bon calife donne initialement son nom à la série. Son leitmotiv : " Je suis bon."

    Il ne fait rien et le fait bien, écrit Goscinny dans son scénario, précisant : " C'est un gros bonhomme très bête et immobile qui ne comprend rien. Il a autour de lui ce petit vizir qui s'agite et qui court dans tous les sens. Le calife, lui, il aime tout le monde, il ne soupçonne pas la méchanceté de son vizir. A son insu, Haroum El Poussah échappe à tous les pièges et complots tramé contre lui. Il est persuadé de la sincérité des flagorneries d'Iznogood qu'il s'obstine à appeler " mon bon Iznogood "
    Haroum El Poussah a deux ambitions : faire la sieste et se sustenter.

     Très vite, Goscinny et Tabary mesurent le potentiel comique d'Iznogood qui n'est encore que le second rôle. Il va vite ravir la vedette au calife et devenir le héros de la série. Ce sera la seule réussite de l'ignoble vizir ! Goscinny fait du seul nom de son anti héros un calembour. Le ton est donné. Iznogood est né !

    " Petit, 1,50 m babouches comprises, maigre et horriblement méchant ". Iznogood devient ainsi le premier héros méchant d'une bande dessinée. Goscinny et Tabary innovent. 
    " Ça ne s'était jamais vu. Tous les héros étaient automatiquement gentils. Ils servent la morale. Ils étaient plein de bons sentiments " explique Tabary. Cette mise en scène de la cruauté est en réalité une parodie de la méchanceté. " Il a tous les défauts. La seule chose qui fait rire, c'est le malheur des autres. Il est avare, il est criminel, il est abominable, mais il l'est tellement qu'on finit par trouver que ce n'est pas possible.
    Ça fait rire les gens et les gens le trouvent sympathique. "

    Pour parvenir à ses fins, Iznogood fait appel à la magie et au surnaturel. Il convoque en vrac génies, fakirs, djinns, fées et autres hypnotiseurs, qui vendent leurs services au plus offrant. 
    Systématiquement victime des sortilèges qu'il met en oeuvre, Iznogood échoue sans se lasser ! Et le voilà tour à tour miniaturisé, soldé au marché aux esclaves par les hommes de mains qu'il avait embauchés, piégé dans la fosse au tigre qu'il a lui-même creusée, emprisonné dans une chambre hantée, dans une cage, transformé en affreux roquet, en "clou" de la fête, en presse-livres, en asticot, en fer à repasser, sourd comme un pot, dissous par un djinn, enfermé dans un miroir déformant...

    Iznogood est unique, mais il n'est pas seul ! Il a un très fidèle homme de main Dilat Laraht, dont le réalisme est attachant : 
    " Patron, nous allons au devant de gigantesque échecs. "
    Ils forment un duo à la force comique indéniable. Il ne parvient jamais à convaincre son maître de renoncer. Il est à la fois souffre-douleur et cobaye. Il doit tester les potions, poisons et autres tours de magie  destinés à se débarrasser du calife.
    Il est donc aussi transformé en casserole, emprisonné à de multiples re^prises, expédiés sur une route qui ne mène nulle part, glacé d'horreur,...

    Avec Iznogood, Goscinny se fait plaisir : " J'ai décidé que là, je m'abandonnerai à mon péché mignon : trouver les calembours les plus atroces, j'adore ça !"

    Iznogood est un succès et, en 1966, les Editions Dargaud publient les premiers albums.  

     


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