• Diderot - La religieuse

     

    Diderot - La religieuse

    Suzanne n'a pas dix-sept ans lorsque ses parents la forcent à entrer au couvent de Sainte-Marie pour y faire son noviciat. Ni les cris ni les larmes ni le désespoir de la jeune fille n'entameront la détermination de ses parents. On ne néglige rien pour la convaincre : évêques, prêtres, curés de toutes sortes se succèdent auprès d'elle pour obtenir son consentement. En vain. C'est donc sous la contrainte, au cours d'une cérémonie clandestine et dans un état de semi-conscience que Suzanne fait vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, au couvent de Longchamp.

     Le naturel franc et intègre de cette jeune religieuse sans vocation lui vaut très vite l'aversion de sa supérieure. Conduite par celle-ci, toute la communauté se ligue bientôt contre la religieuse insoumise et s'applique à lui rendre la vie impossible. Punitions, ordres incompatibles, régime du pain sec et de l'eau, cachot... supplices physiques et moraux peuplent ses jours et ses nuits, qui ne sont plus que succession de tourments et de tortures subtiles comme peuvent l'être celles qui naissent dans des esprits desséchés et mesquins. Tant de cruauté, ajoutée aux exigences multiples et drastiques de la vie communautaire, ne tarde pas à réveiller sa soif de liberté...

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    L’histoire est inspirée de celle d’une religieuse de Longchamp nommée Marguerite Delamarre, qui avait fait parler d’elle dans les salons en 1758, pour avoir écrit à la justice, demandant d’être libérée du cloître où ses parents l’avaient enfermée. En effet, elle est l’enfant illégitime entre sa mère et un autre homme que son père. De peur d’aller en enfer, sa mère, par un chantage affectif, la persuade d’aller dans ce couvent. Diderot critique, ici, un précepte de la Bible selon lequel les enfants paieront pour les crimes de leurs parents.

    Diderot écrivit La Religieuse en 1760, mais le livre ne sera publié qu'en 1796. L'homme de l'Encyclopédie, rationaliste convaincu, eut de nombreux démêlés avec l'Eglise catholique. Critiquant la religion chrétienne, il s'en prenait au Dieu de la Bible, à la révélation, aux miracles, à l'ensemble de la hiérarchie ecclésiastique. Dieu était pour le philosophe " un Être dont je n'ai pas la moindre idée ", un Être difficile à admettre ".

    Quoi qu'il en soit, Diderot, audacieux mais généreux d'esprit et de cœur, ne se fit pas que des ennemis. Nombreux furent ceux qui reconnurent en celui qui mettait en question tous les préjugés un défenseur des libertés et du bonheur pour tous : " Il fut le meilleur des hommes dans le meilleur des siècle... Il aimait les hommes et les œuvres pacifiques des hommes. " Disait de lui l'écrivain Anatole France.  


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