• Danrit - Bio

    Si vous voulez savoir quel sort est réservé au monde, plongez vous dans les romans de Driant, alias capitaine Danrit, anagramme de son nom. Vous frémirez de peur et, la dernière page tournée, vous pousserez un "ouf" de soulagement en espérant que la vérité ne soit jamais semblable au roman.

     Pourtant, rien ne prédestinait ce militaire brillant sujet de Saint-Cyr, à devenir écrivain.

    Né à Neufchâtel-sur-Aisne en 1855, gendre du général Boulanger, député de Nancy au début de ce siècle dans une Lorraine alors annexée par l'Allemagne, il a trouvé une mort héroïque au champ d'honneur devant Verdun en 1916. Il était alors colonel.

    Au demeurant père de famille paisible... On peut se demander comment cet homme a pu imaginer des récits si prémonitoires des différents conflits qui ont ensanglanté le monde du XXè siècle.

    Rien, à la fin du siècle dernier, ne peut laisser prévoir l'éclatement d'une guerre mondiale : les accords entre les puissances européennes et la Russie ne cessent de se succéder. Driant voit un point noir, la Prusse, et échafaude de ce fait son premier roman, La Guerre de demain (1898). Ce récit sera suivi en 1896 du Journal de guerre du lieutenant Von Piekfe, écrit en collaboration avec de Pardiellan, contrepartie de La Guerre de demain vue du côté allemand.

    Tôt ou tard, la guerre éclatera et tout devra être mis en oeuvre pour combattre les Prussiens, tant dans les airs que sur terre. La guerre devra être "affaire de science et d'organisation" : on se servira d'obus, de fusées, de torpilles portatives, de dynamite, de balles explosives, enfin, de tout l'arsenal mis aujourd'hui à disposition de nos armées et encore inconnu en 1900.

    Mais le mal ne viendra pas seulement de la Prusse : la France doit combattre l'hégémonie de l'Angleterre, qui avait alors la mainmise sur de nombreux territoires africains et asiatiques. C'est le point de départ d'une Guerre fatale (1897), de la France contre l'Angleterre, avec un déluge de bombardements de torpilles et de lutte sous-marine, qui aura pour but de réduire ce pays à la "petite Bretagne", soit à la perte de toutes ses colonies et même de l'Irlande. 

    Ces récits débordent d'une imagination allant dans un sens constructif, ce qui contraste avec d'autres romans de Danrit, qui ne conduisent qu'à la ruine et à la destruction. Le but avoué de l'écrivain est de persuader ses contemporains que ces conflits auront lieu comme il les décrit. Et malheureusement, la réalité des faits lui a souvent donné raison...

    L'étrange est de savoir sur quels faits Driant a pu se baser pour écrire ses romans. Ni l'enseignement de Saint-Cyr ni le souvenir de la guerre de 1870, qu'il a vue à l'âge de quinze ans, ne peuvent avoir suffi. On se trouve bien devant le mystère de l'auteur face à sa feuille blanche, et capable, comme Jules Verne, d'échafauder les récits les plus fantastiques tout en restant calmement assis dans son fauteuil. Jules Verne sera plein d'admiration pour lui, puisqu'il préféra un de ses romans d'anticipation, L'Invasion noire.   

    Dans les deux ouvrages précités, Driant évoquait les conflits mondiaux. Il se trouve être encore plus d'actualité avec L'Invasion noire et L'Invasion Jaune.

    En pleine conquête et colonisation de l'Afrique noire, Driant imagine un soulèvement de tout le continent africain, décidé au nom de la religion islamique à envahir toute l'Europe. Heureusement, la France arrachera la victoire aux envahisseurs par l'emploi de gaz asphyxiants, dont l'utilisation mortelle ne sera découvert qu'en 1914.

    Tout dans ce récit rappelle un présent, même récent : atrocités commises par les Noirs, tant dans l'ex-Congo belge qu'en Ouganda, pour recouvrer leur liberté, luttes des pays d'Afrique du Nord pour leur indépendance. Jusqu'à l'Iran qui proclame déjà la révolution islamique ! Rien n'est oublié, pas même la naissance et les difficultés d'existence de l'Etat d'Israël !

    L'invasion jaune décrit le débordement des peuples asiatiques sur le monde entier. Des millions de Chinois, dont la force est encore alors méconnue, envahissent l'Amérique et l'Europe, à tel point que les malheureux survivants iront se réfugier en Afrique du Nord, considérant l'île de Djerba comme le paradis.

    Comme il l'écrit dans la conclusion de ce roman, Driant veut avoir "rempli son devoir vis-à-vis de son pays en criant à ses compatriotes ses anxiétés, ses redoutables prédictions". Il a voulu faire "oeuvre de bon citoyen, payer sa dette de souffrance et tenter d'être utile".

    On peut craindre qu'il ait été mal compris de ses contemporains. Mais réalisons-nous toujours tous les dangers qui nous
    guettent ?

    A côté de ces récits, de politique-fiction, Driant a écrit de nombreux romans d'histoire et d'aventures, qui méritent qu'on s'y arrête.

    Auteur d'une fresque en trois volumes - Jean Tapin, Fileuls de Napoléon, Petit Marsouin -, édités de 1898 à 1900, Driant vous fait suivre, haletant, les péripéties d'une famille de soldats de 1792 à 1886.

    Par ses huit romans, Evasion d'empereur (1905), Ordre du tsar (1906), Robinson sous-marins (1908), Robinson de l'air (1909),  L'Alerte (1910), L'Aviateur du Pacifique (1910), Au-dessus du continent noir (1911), Robinson souterrains (1912), l'aventure est à chaque page, sans vous laisser une minute de repos.

    Ainsi, bien que la postérité ait surtout retenu son nom comme auteur de politique-fiction, Driant est un écrivain complet : l'univers qu'il sait créer a gardé toute sa fascination, même sur nos imaginations "fin de siècle". Une performance qui fait de lui une de nos grande figures de la littérature d'anticipation. 

     


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