• Antoine de Saint-Exupéry - Vol de nuit

    Chef de compagnie aéropostale, Rivière est un homme inflexible. Ignorant l’intérêt individuel des pilotes, son seul but est de prouver que l'avion est un moyen plus rapide que le train pour acheminer le courrier. Pour cela, il faut imposer les vols de nuits, même s'ils sont réputés extrêmement dangereux. Qu'importe ! Rivière n'hésite pas à engager la vie de ses hommes ; il faut passer coûte que coûte, par tous les temps, ne renoncer qu'au dernier moment et seulement si m'accident est inéluctable ; c'est le seul moyen de distancer le chemin de fer. Rivière réussit ainsi son entreprise, mais à quel prix ! Nombreux sont les accidents. Parmi les victimes, Fabien, un pilote ramenant le courrier de Patagonie vers Buenos Aires qui, pris dans une tempête, sombrera pour avoir tenté l'exploit. Tel est le devoir des pilotes de Rivière qui se doivent de rester fidèle à leur mission, ignorant la peur, vivant pour le courrier. Le lendemain, Rivière, malgré la mort d'un équipage, n'annulera aucun vol.

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    Saint-Exupéry, écrivain et pilote, directeur de l'aéropostale d'Argentine en 1929, relate ici sa propre expérience. A travers ce court roman, l'auteur pose le problème du chef et des valeurs au nom desquelles il peut disposer des hommes. Saint-Ex.pery oppose deux types d'hommes, le chef et le sujet. Le chef impose ses volontés et le sujet obéit, exécutant sans sourciller les directives de ce dernier, acceptant au nom du métier qu'il a choisi les risques les plus périlleux. L'homme selon Saint-Exupéry, tire sa grandeur du dépassement de soi dans l'action ainsi que de la soumission à son devoir. L'éthique de Saint-Exupéry repose sur une conception héroïque de l'homme et de l'action. Seul dans son appareil, l'auteur a sans cesse emmagasiné des réflexions. L'avion est plus qu'un simple moyen de locomotion ou de travail. Il est l'occasion pour les hommes de connaitre et d'accepter leurs limites, de montrer leur vertu, là où leur puissance ne va plus de soi et où l'absence de sécurité et des commodités de la civilisation l'oblige au silence et au respect.

       Dans une préface André Gide écrira : 

    " Je crois que ce qui me plait surtout dans ce récit frémissant, c'est sa noblesse. Les faiblesses, les abandons, les déchéances de l'homme, nous les connaissons de reste et la littérature de nos jours n'est que trop habile à les dénoncer ; mais ce surpassement de soi qu'obtient la volonté tendue, c'est là ce que nous avons surtout besoin qu'on nous montre.

    " Plus étonnant encore que la figure de l'aviateur m’apparaît celle de Rivière, son chef. Celui-ci n'agit pas pour lui-même : il fait agir, insuffle à ses pilotes sa vertu, exige d'eux le maximum et les contraint à la prouesse. Son implacable décision ne tolère pas la faiblesse et, par lui, la moindre défaillance est punie. Sa sévérité peut, au premier abord, paraître inhumaine, excessive. Mais c'es aux imperfections qu'elle s'applique, non point à l'homme même que Rivière prétend forger. On sent, à travers cette peinture, toute l'admiration de l'auteur. 

    " Je lui sais gré particulièrement d'éclairer cette vérité paradoxale, pour moi d'une importance psychologique considérable  que le bonheur de l'homme n'est pas dans la liberté mais dans l'acceptation d'un devoir. Chacun des personnages de ce livre est ardemment, totalement dévoué à ce qu'il doit faire, à cette tâche périlleuse dans le seul accomplissement de laquelle il trouvera le repos du bonheur. "  

     

     

     


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